Né le 3 avril 1977 à Kigali, Alphonse Rusake nous a quittés le 14 septembre 2019 à Paris. La cérémonie d’Adieu a été organisée aux PFI (Pompes Funèbres Intercommunales) à Grenoble, sa ville de résidence où ses enfants et leur maman vivent.  Une centaine des personnes essentiellement de la Diaspora rwandaise (de Grenoble et les environs, de Lyon, de Paris, de Suisse, et d’ailleurs étaient venues soutenir la famille proche, la sœur, les enfants et leur maman et accompagner Alphonse. Des mots d’Adieu ont été lus dans une atmosphère émouvante comme la lecture d’un poème de sa fille Malia de 12 ans (le 19 octobre !), le témoignage de Dorothée sa sœur venue du Rwanda et rescapée du génocide des Tutsi. Pour elle, Alphonse était, non seulement son petit-frère, mais son TOUT : ami, confident, soutien de tous les jours. Par ses relations, il a su créer une grande famille en France qui est « Vous tous présents ici » qu’il lui a laissée comme un héritage. Ensuite, la lecture mot du Président d’Ibuka France, Marcel Kabanda, partagé ci-dessous : 

« Cher Alphonse, c’est d’abord à toi que je veux m’adresser. Je commençais à faire ta connaissance et tu fais un pas de côté. Tu prends un autre chemin. Tu vas vers un pays que nous ne connaissons pas mais qui est habité par des femmes et des hommes dont nous connaissons parfaitement les visages, des êtres qui nous sont chers, dont tes propres sœurs, tes frères, et tes parents. Dans ce voyage, je te confie à eux et à Dieu. Mais tu avais encore des choses à nous dire car tu parlais peu, évitant de trop de te mêler à nos discussions, d’ajouter des idées à d’autre idées, mais pressé d’y ajouter de l’action pour que tout se passe bien et que les choses avancent. Ce n’est pas qu’il manquait d’idées ou de courage de les dire. Ceux qui étaient avec toi dans une Assemblée générale d’Ibuka France tenue il y a quelques années à Niort se souviennent d’un homme avec de fortes positions, capable de les exprimer clairement et sans crainte. Mais je ne devrais pas me plaindre, je suis en tout cas, ni le seul, ni le premier. Je pense à tes enfants, tes deux adorables filles. L’aîné fête ses douze ans dans une semaine. Son papa va lui manquer. Pour ces enfants, je vais demander à Ibuka France, ne pas remplacer le père, car ça ne se fait pas, mais de les accompagner de très près dans leur travail de deuil, de mémoire et de construction personnelle. J’ai aussi une pensée forte pour ta sœur, Dorothée. Elle a fait preuve d’une admirable dignité, mais d’elle, de nouveau quelque chose se détache, une partie de sa chair s’arrache, élargissant la blessure jamais refermée du génocide des Tutsi.

Alphonse était membre et fils d’Ibuka France. En retour, à toute sa famille, j’exprime au nom de tous, notre sympathie. Qu’elle soit assurée de notre compassion et de notre soutien dans l’épreuve qu’elle traverse. Oui Alphonse est fils d’Ibuka France car il est un rescapé du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda. Il a croisé la mort. Il a gardé de cette rencontre des blessures au cœur et au corps, invisibles et visibles, qui ne laissent aucun doute sur la détermination de ses assassins et l’intensité du choc. Mais le plus étrange, ce qui forge davantage notre respect, c’est que le survivant des coups de machettes n’a pas succombé à la haine qui animait le bras des meurtriers. Alphonse était, tout le monde est d’accord sur ce point, un modèle d’ouverture, une incarnation de l’esprit de liberté. Merci Rusake pour cet héritage ! Je l’appelle ici par son nom dans l’espoir de racheter une dette : dans mes contacts téléphoniques, je l’appelais UBR ! La faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on » ! Marcel Kabanda 

Un mot d’Adieu de la part de Ildephonse Ngaruye, présent à la cérémonie, nommé Tonton par la jeune génération mais, pour Alphonse, il était son Grand Frère de substitution car son grand frère Ildephonse, ainé de la famille, a été tué pendant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Pour terminer, avec beaucoup d’émotions, Ildephonse a terminé par « Pars, petit-frère, pour rejoindre ton grand-frère au ciel et Imana ikwakire neza mu Bayo ». Également le mot d’Adieu de Louis Bagilishya dont le contenu est reproduit ci-après :

« Mon Cher Alphonse,
Je garde de toi ton énergie communicative, ta générosité, ton amour du Rwanda, ton humour, ta dignité.  Nakubonyemo Imfura !
Hier matin, avec Pierrot Rugina, le président de la Communauté rwandaise de France, j’ai eu l’honneur de te porter jusqu’à la voiture qui te mena de Paris à Grenoble.  J’ai la douleur de l’aîné qui voit partir un jeune frère.
Oui, tu es très aimé par toutes celles et tous ceux qui t’ont connu mon Cher Alphonse. 
Je renouvelle mes condoléances à ta soeur Dorothée et à toute ta famille.
J’exprime mon affection à tes filles dont tu es si fier ; et tu as bien raison !
Je t’embrasse »   Louis Bagilishya 

Après l’inhumation au cimetière Grand Sablon, tous les amis se sont retrouvés autour la famille éprouvée pour une cérémonie de « Gukaraba ». Autour d’un verre d’amitié, et un micro, l’appel des messages d’amitiés à l’égard de Rusake a été lancé :  tour à tour, comment chacun l’a connu, ce qu’il a fait dans sa vie, ses projets, ses envies, etc

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