Ibuka France a réuni du 2 au 3 novembre 2019 au siège de Médecins du Monde à Paris les associations du Collectif Ibuka Europe qu’elle préside actuellement. Ce Collectif comprend : Ibuka Belgique, Italie, Hollande, Suisse et France.

Ibuka Rwanda et la future association Ibuka Allemagne étaient aussi invitées à cette rencontre annuelle. 

L’ordre du jour de cette rencontre :

  • Rapport d’activités 2019 , essentiellement sur les activités de la 25ème commémoration dans chaque section: les réalisations, les difficultés rencontrées et les leçons apprises
  • Un plan d’actions à court termes du Collectif 

En termes  de réalisations, toutes les sections ont organisé la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda sous le thème commun « Mémoire et transmission » par des conférences, colloques, expositions et témoignages, rassemblements et marches du souvenir  dans les grandes villes.

Au Rwanda

Egide Nkuranga, Vice Président d’Ibuka Rwanda, a présenté l’associationIBUKA est une organisation de droit rwandais qui a été créée en 1995 et qui regroupe actuellement 15 associations membres. Elle a été reconnue par la loi en 2001.

La vision est d’être une société où la mémoire du génocide perpétré contre les Tutsis est préservée, où tous les rescapés du génocide sont socialement intégrés, économiquement actifs et vivant en pleine dignité. 

La mission est de se pencher sur tous les problèmes causés par le génocide, répondre au souci de coordonner toutes les activités relatives aux problèmes que connaissent les rescapés du génocide perpétré contre les Tutsis et représenter ces derniers vis-à-vis des tiers.

Les principales activités réalisées au cours de ces 9 dernières années (2010 -2019) sont notamment les suivantes :

1- Mémoire et documentation 

  • La participation active dans l’organisation et la coordination des activités de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis;
  • L’appui aux différentes activités de construction et réhabilitation des sites mémoriaux du génocide perpétré contre les Tutsis ;
  • La collaboration avec différents chercheurs qui travaillent sur des thèmes liés au génocide ;
  • La conception et la coordination des activités relatives au projet du Jardin de la Mémoire en collaboration avec des Institutions étatiques qui ont la mémoire dans leurs attributions;
  • En 2011, le projet pilote d’identification des justes dans 60 secteurs en raisons de 2 secteurs par District a été mené dont 271 justes ont été retenus ;
  • 250 témoignages de rescapes, des justes et autres ont été collectés; 
  • Une recherche a été menée en 2012 sur le niveau de compréhension des activités de commémoration par la population rwandaise ;
  • Identifications des familles complètement exterminées dans tous le pays en collaboration avec GAERG (une des Associations membres d’IBUKA). Cette identification montre que 15.593 familles dont 68.871 membres de familles (papa, maman et les enfants) ont tous perdu leurs vies pendant le génocide perpétré contre les Tutsi. 
  • L’assistance juridique et judiciaire aux survivants du génocide ;
  • Plus de 100.000 corps récemment trouvés ont été inhumés en dignité .

2- Justice

  • La participation active au processus d’élaboration de différentes lois en rapport avec le génocide perpétré contre les Tutsi
  • La participation active dans le processus d’exécution des jugements des juridictions Gacaca concernant des biens des familles Tutsi qui ont été endommagés pendant le génocide perpétré contre les Tutsi :  
    • De 2002 – 2012, les juridictions Gacaca ont jugé 1.320.554 cas des biens endommagés ;
    • Le 31/03/2019, le rapport du MINIJUST montre que 1.171.345 de cas ont été exécutés ;
    • 149.209 de cas restent suite aux différentes raisons entre autres la pauvreté, l’absence des personnes concernées et autres raisons ;
    • Suivi et plaidoyer plus de 1.200 des jeunes survivants du génocide dont leurs biens ont été pris par d’autres personnes après le génocide. Seulement 85 restent encours de jugement par les tribunaux habilités;
    • Donner des conseils juridiques aux rescapes du génocide, etc
  • Rapporter et faire le suivi des cas d’idéologie génocidaires qui se manifestent chaque année. Par exemple en 2018, IBUKA a rapporté 141 cas et 149 cette année de 2019.

3- Affaires sociales

  • La réhabilitation psychologique aux différents rescapés du génocide traumatisés en particulier et à la communauté en général. Malgré peu de moyens disponibles, en collaboration avec les associations membres, IBUKA coordonne les activités d’interventions de plus de 2500 animateurs psycho sociaux qui sont bases au niveau des  secteurs surtout pendant la période de la commémoration. Grace à ces APS, chaque année, IBUKA produit le rapport sur les cas de traumatismes qui se sont présentés. L’exemple de ces deux dernières années est comme suit :
    • 2104 de cas en 2018
    • 2518 de cas en 2019 
  • 90 groupes thérapeutiques ont été formés et accompagnés en 2015 ;
  • La Plaidoyer sur le problème de la santé mentale d’où une recherche a été menée par le Ministère de la sante et on a trouvé que 35,2% des survivants du génocide souffrent du traumatisme ; 
  • La gestion de conflits communautaires et la médiation.
  • Suivi de près la scolarisation des rescapés du génocide.
  • Identification de 1560 veuves/veufs du génocide qui ont perdu tous leurs membres de familles qui ont vraiment besoin une aide d’urgence. Cette identification a été faite en collaboration avec AVEGA et des institutions gouvernementales habilitées. Suite a la plaidoirie, 4 centres d’accueils pour ces dits veuves ont été construites a savoir : BUGESERA, HUYE, NYANZA et RUSIZI ;
  • Plus de 120 maisons ont été construites et réhabilitées en faveur des rescapes du génocide ;
  • 750 familles ont reçu les appareils des énergies solaires ;
  •  Le plaidoyer auprès des instances habilitées pour que les conditions de vie des rescapés du génocide soient améliorées
  • Consultation et traitement de l’hépatite B dans les provinces du Sud et Est : 67.000 déjà traites.  

 4- Renforcement institutionnel de l’organisation

  • Renforcement des comités d’IBUKA au niveau local ;
  • Représentation d’IBUKA dans des réunions stratégiques de haut niveau ;
  • IBUKA et YAHAD IN UNUM à Paris: protocole d’accord signé il y a 3 trois ans
  • IBUKA et le District de Kicukiro, collaboration signée pour gérer le site mémorial de Nyanza- Kicukiro
  • IBUKA et Mémorial de la Shoah à Paris : MoU signé en Juin 2019. 
  • IBUKA et MTEK Sciences ; 
  • Et autres.

Ces activités ont eu un impact positif sur la vie des rescapés du génocide et la communauté en général mais le chemin est encore long. Plus particulièrement, les besoins des rescapés du génocide dépassent largement les moyens dont dispose le collectif IBUKA.

Il y a des problèmes qui persistent, des nouveaux qui apparaissent et des besoins non encore satisfaits.

Les principaux sont les suivants :

  • L’idéologie génocidaire manifeste et entretenue par certaines personnes ou institutions;
  • Le problème de logements ;
  • Peu d’accès aux soins de santé, surtout les soins spécialisés qui se traitent en dehors du pays.
  • Traumatisme psychologique ;
  • Manque d’encadrement des jeunes, combiné avec la vulnérabilité ;
  • Des rescapés du génocide très nécessiteux ayant besoin d’une assistance ;
  • La justice formelle en faveur des rescapés du génocide
  • Chômage pour ceux qui ont eu la chance d’étudier et cela combiné avec la vulnérabilité.
  • Renforcement des capacités de IBUKA Rwanda et associations membres. 

En guise de conclusion, on remarque que l’analyse de l’environnement interne et externe d’IBUKA montre qu’IBUKA a du potentiel sur lequel il doit s’appuyer, des opportunités à saisir, et doit corriger certaines faiblesses et atténuer les menaces décrits ci-dessus afin qu’il puisse remplir sa mission et pour cela, il incombe la conjugaison de nos efforts et surtout une vibrante collaboration avec les sections IBUKA ou qu’elles soient. Rappelons – nous que nos problèmes sont les mêmes. 

A l’issue de l’assemblée générale, les participants ont fait un plan d’actions pour le Collectif 

  1. Clarifier rapidement la situation administrative d’Ibuka Europe. C’est une responsabilité d’Ibuka Belgique. Elle le fera avec l’appui du Président d’Ibuka Europe
  2. Renforcer ou entreprendre là où la pratique n’existe pas encore, les rencontres de rescapés. Dans cette perspective, il a été particulièrement souligné qu’il est important d’identifier les rescapés les plus vulnérables, ceux qui ont davantage besoin de ces rencontres mais qui n’en bénéficient pas, soit parce qu’ils ne sont pas au courant, soit parce qu’ils n’ont pas, matériellement les moyens de s’y rendre. 
  3. Une 3ème ligne d’action est née du bilan d’Ibuka Rwanda présenté par Egide Nkuranga: il est recommandé à chaque section de faire tout ce qu’elle peut afin de trouver des partenaires ou des volontaires pour Ibuka Rwanda dans le domaine de la santé ou de la mémoire.

Cependant, deux remarques

  1. Ces actions sont à la charge des sections. Un bilan sera fait dans un an à la prochaine assemblée générale. 
  2. Chaque section va les développer en fonction de sa situation propre. Certaines sont plus aptes à mobiliser les partenaires qu’à organiser des rencontres de rescapés

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