Ce week-end, les grands de ce monde sont réunis à Paris. Autour du Président de la République française, ils commémorent le centenaire de l’armistice qui a mis fin à la première guerre mondiale.

De cette rencontre mémorielle, nous attendons une invention de l’avenir. Rien ne sert de gagner la guerre si on perd la paix. En moins de 20 ans après le 11 novembre 1918, une autre guerre atroce a déchiré l’Europe et causé d’immenses souffrances.

La première guerre mondiale avait été marquée par le génocide des arméniens. Terriblement meurtrie par la destruction des juifs d’Europe mise en œuvre entre les années 40 et 45, l’humanité a émergé du deuxième conflit mondial en proclamant qu’il n’y aurait plus jamais ça.

Depuis, plusieurs faits ont démontré que la solennité de cet engagement plusieurs fois répété n’avait d’égale que sa vacuité. Pour ne pas les citer tous, rappelons le génocide perpétré contre des Tutsi du Rwanda en 1994 en présence des casques bleus de l’ONU, le massacre des Chrétiens d’Orient et, plus près de nous, l’attaque d’une synagogue et l’assassinat de 11 juifs dans la ville américaine de Pittsburg le 27 octobre dernier, une manière de commémorer, en assumant l’acte, le 80èmeanniversaire de la nuit du pogrom contre les juifs, baptisée par euphémisme « Nuit de Cristal ». Et que dire de ces milliers d’enfants, de femmes et d’hommes en quête d’une terre d’asile, refoulés sur toutes les frontières, transformés en esclaves ou condamnés à périr sous les flots des mers ? Le racisme et l’antisémitisme ne sont pas morts. Ils sont encore terriblement efficaces et efficients.

Le XXème siècle a été appelé le siècle des génocides. Le XXIème s’ouvre sur un paysage où les populismes fleurissent. Pour qu’il n’y ait plus jamais ça, nous attendons des dirigeants réunis ce week-end autour du Président Emmanuel Macron, le courage de la parole pour mettre les mots sur les meurtres, la dénonciation claire des discours de la haine, la rupture avec la rhétorique de l’esquive, avec l’arrogance du silence ou le cynisme du déni. Qu’ils se démarquent clairement avec cette attitude de neutralité absurde qui blesse et humilie les victimes, conforte la bonne conscience des bourreaux et fait enfler les ailes de ceux qui aspirent à la criminalité. Nous attendons qu’ils fassent de l’école le lieu d’apprentissage de l’empathie, de la citoyenneté mondiale et de la responsabilité.

Alors, l’itinérance mémorielle dessinera l’itinéraire de la paix et posera les balises sur le chemin du vivre ensemble.

Paris le 10 novembre 2018

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