Du 23 au 29 septembre 2018, Ibuka France, représenté par son Président, a accompagné un réseau d’associations « Réseau des Lieux de Mémoire de la Shoah en France» pour une étude au Rwanda sur les traces du génocide perpétré contre les Tusi et la construction de sa mémoire.

La délégation était composée des structures suivantes:

  • Mémorial de la Shoah
  • Fondation pour la Mémoire de la Shoah
  • Fondation du Camp des Milles
  • CERCIL-Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv
  • Mémorial du camp de Rivesaltes
  • La Maison des enfants d’Izieu
  • Ibuka France

 

 

Un programme très et dominé par des visites de lieux de Mémoire :

  • du Mémorial de Gisozi, Musée de l’histoire du génocide des Tutsi à Kigali
  • des archives des tribunauxGacacaà Kigali
  • des sites de Nyanza, Ntarama et Nyamata.
  • du Musée de Bisesero
  • du site de Murambi

Un compte-rendu de la mission par Marcel Kabanda, Président d’Ibuka France

En 5 jours, nous avons visité les archives Gacaca dans les locaux de la gendarmerie de Kacyiru, le Mémorial de Gisozi, le site de Ntarama, celui de Nyamata, Bisesero et Murambi. Le clou de ce périple de la douleur a été la visite de Kabuga. Dans cette petite bourgade située à l’est de Kigali, plusieurs champs de fosses communes ont été récemment mises à jour. 14 maisons bâties sur les charniers (et dans l’intention de les recouvrir à jamais), ont été détruites. Les recherches continuent. En attendant, les fosses ouvertes, les monceaux de chaussures et les habits qui sèchent sur des ficelles étendues à perte de vue indiquent ce fut un des lieux de grands massacres dans cette région. La découverte tardive du lieu, 25 ans après le génocide, six ans après les Gacaca, n’est pas moins significative. Elle confirme ce que depuis longtemps d’aucuns redoutent : il y a encore des choses à apprendre sur l’histoire du génocide des Tutsi. Elle est cependant aussi un désaveu à ceux qui déploient des trésors d’imagination pour dissimuler les preuves et occulter la réalité.

La visite a été clôturée par une rencontre avec le chargé d’affaires à l’ambassade de France à Kigali. Il s’agissait de montrer que l’on ne travaille pas dans l’ombre et que si la France envisage de travailler sur la mémoire du génocide des Tutsi, elle peut trouver en nous des partenaires engagés et crédibles.

Expression forte de solidarité et d’engagement à la promotion de la mémoire du génocide des Tutsi, la mission n’avait pas pour seul but de satisfaire la curiosité de voir ce qui se fait au Rwanda en ce domaine. Elle voulait aussi saisir à travers la discussion avec les acteurs de terrain, les voies et les modalités de participation au travail de conservation et de transmission de cette mémoire.

Les Rwandais engagés dans ce secteur travaillent beaucoup, font preuve d’imagination et sont ouverts à toutes les propositions. La délégation s’est déclarée prête à apporter son concours.  Pour mieux préciser cette idée, je suis resté jusqu’au 3 octobre afin de pouvoir en discuter plus longuement avec les acteurs que nous avions rencontrés parfois en grande vitesse. Ils ont fort apprécié la visite et se sont déclarés ouverts à toute coopération. En résumé, elle pourrait porter sur la préservation des preuves (corps, vêtements, témoignages et archives, …) et sur l’enrichissement des musées.  Seuls les corps, les vêtements et autres objets ayant appartenu aux victimes ne parlent pas. Il faut y ajouter du texte et peut-être aussi de la voix. A cet égard, ils ont exprimé le souhait d’une coopération au renforcement de la recherche et notamment des études monographiques afin de rendre accessible et compréhensible l’histoire de chaque site mémoriel. Je dois en rendre compte et en discuter avec les autres membres de la délégation. Je vous tiendrai au courant des décisions et conclusions finales.

Cette mission n’aurait pas été possible sans l’implication, la mobilisation de la CNLG et d’Ibuka Rwanda. Sur tous les sites, notre visite avait été annoncée. Partout, un représentant de la CNLG venu de Kigali a apporté son appui à ceux qui gèrent au jour le jour le site pour présenter l’historique, les enjeux, les perspectives et les défis. Jean Damascène nous a accompagnés dans la visite aux archives Gacaca et il était à Murambi quand nous avons visité ce site. Ibuka Rwanda nous a accueillis à Nyanza, nous a accompagnés à Kabuga (bien heureusement d’ailleurs !), et a contribué à la discussion sur les perspectives et les axes de la coopération entre le réseau de la mémoire de la Shoah en France et les institutions qui au Rwanda oeuvrent à la transmission de la mémoire du génocide des Tutsi. Ils ont tous été supers !

Marcel Kabanda

5 octobre 2018

 

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