GÉNOCIDE DES TUTSI

RWANDA AVANT 1994

1 – Histoire du Rwanda

Le Rwanda : une triple exception en Afrique :

Depuis plusieurs siècles, le Rwanda répond à la définition de l’Etat – Nation, peuplé par trois grands groupes humains : les Twas, les Hutus et les Tutsis. 
Ainsi contrairement à la plupart des pays d’Afrique, le Rwanda n’est pas un pays créé par le colonisateur en rassemblant différentes zones sous une entité politique composite à laquelle il aurait imposé un nom de son invention. 
Les trois groupes humains, les Twas, les Tutsis et les Hutus, constituent une seule et même ethnie : l’ethnie des Banyarwanda.

On distingue généralement trois périodes dans l’histoire du Rwanda : 1. la période pré-coloniale qui va (en 1899) ; 2. la période coloniale : de 1899 à 1962 ; 3. la période post – indépendance (ou post-coloniale) : du 1er juillet 1962 à nos jours.

La période pré-coloniale du XIIIème au XIXème siècle

Selon la tradition, la formation (embryonnaire) du Rwanda comme royaume, commence au XIIIème siècle, mais c’est vers le XVIème que s’installe la dynastie des Nyiginya, qui va, petit à petit, conquérir une cinquantaine de petits royaumes dirigés, chacun, par un roi de droit divin appelé « Umuhinza » ou « Umwami », royaumes qu’il finit par réunir sous son autorité. Ce mouvement s’acheva au XIXème siècle avec le règne de Kigeri IV Rwabugiri, dernier roi indépendant du Rwanda. Après avoir résisté entièrement à la pénétration des esclavagistes arabes le Rwanda fut un des derniers pays africains à être incorporé au système colonial européen à la fin du XIXème siècle (1885).

La période coloniale (1899-1962)

1884-1885 : La Conférence Internationale de Berlin attribua les régions du « Rwanda-Urundi » et du Tanganyika à la Compagnie allemande de l’Afrique Orientale qui firent dès 1885 partie de la couronne allemande. L’explorateur anglo-américain Stanley (Sir John Rowland Morton) fut le premier blanc à fouler le sol rwandais sur l’île du lac Ihema. Il se heurta à la farouche hostilité des habitants et se replia immédiatement.

1892 : Oscar Baumann, docteur allemand traverse le Rwanda par l’Est et continue vers le Burundi.

1894 : Le Comte von Gotzen est reçu par le roi Kigeli IV Rwabugiri (ou Rwabugili) à Kageyo.

1895 – 1896 : règne de Rutalindwa sous le nom dynastique de MibaMbwe IV.

1896 : « Coup d’état de Rucunshu », Musinga succède à Mibambwe IV sous le nom dynastique de Yuhi V.

1899 : Le Rwanda devient un Protectorat allemand.

1900 : Le roi Yuhi Musinga reçoit les premiers missionnaires catholiques européens, « les Pères Blancs ». 

1919 : Après la défaite de l’Allemagne et son retrait en 1918, le Conseil Supérieur des Puissances Alliées confia à la Belgique le Mandat sur le « Ruanda-Urundi ». La Société des Nations (S.D.N, ancêtre de l’O.N.U ) ratifiera le Mandat en 1923 qui sera transformé en « Tutelle » en 1946.

1925 : Le « Rwanda-Urundi » est officiellement annexé au Congo belge et placé sous l’autorité d’un Vice-Gouverneur Général.

1931 : 12 novembre le roi Yuhi V Musinga, qui regardait d’un oeil très méfiant le gouvernement belge et le catholicisme, fut destitué et remplacé par son fils Rudahigwa Mutara III, alors âgé de 20 ans (intronisé le 16 novembre 1931). MUSINGA fut exilé au Congo Belge à Moba (près de Kalemie) où il mourra le 25 décembre1944, après avoir séjourné quelques temps à Kamembe (Cyangugu).

1926-1935 : réorganisation administrative du Rwanda : le Résident MORTEHAN supprime la triple hiérarchie administrative : les fonctions de chef d’armées furent supprimées, celles de chefs du sol et de pâturage attribuées à l’Administrateur du territoire – exclusivement belge, cheville ouvrière de l’administration coloniale.

1934-1935 : le peuple rwandais fut soumis à un « recensement » unique en son genre. Il s’agissait plutôt d’un « échantillonnage », effectué au niveau des sous-chefferies, qui porta sur les hommes adultes et valides. Au cours de ce recensement, l’administration imposa comme critère d’appartenance au groupe « ethnique » TUTSI le fait de posséder au moins dix têtes de bétail bovin. Le reste de la population fut assimilé aux groupes « ethniques » HUTU ou des TWA selon les professions. Le livret d’identité portant la mention du « groupe ethnique » de chaque citoyen fut introduit au Rwanda à cette époque. Ceci eut pour conséquence immédiate de figer chaque citoyen rwandais dans tel ou tel groupe ethnique HUTU, TUTSI ou TWA, contrairement à la réalité sociologique du pays.

1943 : 17 octobre Baptême du jeune roi RUDAHIGWA , MUTARA III, suivi de ses chefs et sous-chefs, ce qui lui attira les faveurs et le soutien de l’Eglise Catholique. La même année, l’Administration belge remplaça tous les chefs hutus par les chefs tutsis désignés par le roi.

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1945 : le roi MUTARA III, proposa la suppression du contrat de clientèle pastorale « Ubuhake » qu’il trouvait inadapté et « non équitable ». Il sera supprimé en 1954. Peu après, l’administration coloniale, malgré elle, accepta la suppression des travaux publics non rémunérés et exécutés avec contrainte.

1946 : le Rwanda – Urundi devient un territoire sous tutelle de l’ONU et le 27 octobre de la même année, consécration du Rwanda au Christ-Roi par le Roi MUTARA III.

1949 : MUTARA III, s’opposa à la chicote (punition infligée aux hommes adultes : ils étaient battus en public, souvent devant leurs familles) au grand mécontentement de l’administration coloniale. C’est encore lui qui déclare en 1958 que les termes hutu, tutsi et twa ne devaient plus figurer sur pièces d’identité, fiches scolaires, etc… , que tous les habitants du pays n’avaient qu’un nom : « rwandais ».

1954 : la suppression du contrat « Ubuhake ».

1955 : la Belgique nomme M. J.-P. Harroy, Gouverneur du « Rwanda-Urundi ».

1956 : Rudahigwa demande une indépendance totale et la fin de l’occupation coloniale belge. Dans la même année le Vatican nomme Mgr Perraudin, un suisse, Archevêque du Rwanda. Le Conseil Supérieur du Pays réclama un traitement équitable entre fonctionnaires européens et rwandais, suivant le principe de « salaires égaux à formation et compétence égales ». Le Conseil Supérieur réclama que l’accession aux fonctions de chef et de sous – chef soit soumise à une élection. Cette réclamation sera renouvelée en 1959, en même temps qu’un calendrier précis pour l’accession du pays à l’autonomie et à son indépendance.

1957 : La publication du « Manifeste des Bahutus ».

1959 :

15 février : naissance du parti politique l’APROSOMA , Association pour la Promotion Sociale des Masses, fondateur Joseph GITERA avec l’aide des Missionnaires.

25 juillet : mort inopinée, dans des circonstances mystérieuses, de Mutara III Rudahigwa, à Bujumbura.

28 juillet : Enterrement de Mutara III et Intronisation de Jean-Baptiste Ndahindurwa, demi-frère de Rudahigwa, sous le nom dynastique de KIGELI V (ou KIGERI V).

3 septembre : création de l’UNAR, Union Nationale Rwandaise, 1er Président François RUKEBA (l’idée de la création de l’UNAR, comme association dès le mois de mai 59, était l’oeuvre de Mutara III).

14 septembre : Naissance du RADER, Rassemblement Démocratique Rwandais, créé par le Résident Preud’homme et son Adjoint M. Regnier. Ses membres étaient surtout les anciens « astridiens », anciens du groupe scolaire de Butare (ex-Astrida).

9 octobre : investiture de Kigeli V.

18 octobre : naissance du PARMEHUTU, Parti du Mouvement de l’Emancipation Hutu, fondé par le Père Andriatis et le Chanoine Ernotte, il fut lancé officiellement par Grégoire Kayibanda comme « Mouvement » en mai 1957.

3 Novembre : Après un sermon de Mgr Perraudin, éclate la « Toussaint rouge ». Les cases des « Tutsi » sont incendiées par des « Hutu » qui leur disent : « Il faut partir. » Sur les collines du Rwanda, on sectionne les tendons des « Tutsi », on les « raccourcit » en leur coupant les jambes – et plus tard on regrettera cette « mansuétude » : « On aurait dû les liquider, jusqu’aux enfants. Puisqu’ils sont revenus… » C’est pourquoi, durant le génocide perpétré par les extrémistes « hutu » d’avril à juillet 1994, la Radio des Mille Collines insistera pour que, cette fois-ci, on tue aussi les bébés « tutsi » – ce sera fait consciencieusement. Ce déclenchement de violence sera qualifié plus tard de « Révolution de 1959 » et de « révolution assistée » par J-P Harroy dernier gouverneur du Ruanda – Urundi.

Première République

1960 : 26 octobre Formation du premier gouvernement provisoire, Grégoire KAYIBANDA est Premier Ministre.

1961 : 28 janvier Abolition de la monarchie ; son emblème KALINGA fut remplacé par un drapeau et la République fut proclamée. Dominique MBONYUMUTWA est élu Président provisoire de la République.

1961 : 25 septembre Les élections législatives et le référendum sur l’ancien et le nouveau régime, organisés sous les auspices de l’ONU, et dans des conditions contestables, confirmèrent la proclamation du 28 janvier 1961.

1962 : 1 juillet Le Rwanda recouvre son indépendance.

1963 : 22 décembre Tentative de retour armé des réfugiés Tutsis provenant des pays limitrophes, principalement du Burundi ; les autorités rwandaises disposeront d’un prétexte pour éliminer des milliers de Tutsis restés au Rwanda, « en guise de représailles ».

1965 : le MDR/PARMEHUTU sera déclaré parti unique. KAYIBANDA est réélu Président de la République et HABYARIMANA Juvénal est nommé Ministre de la Défense et de la Garde Nationale.

1966-1967 : Nouveaux massacres à l’occasion d’une nouvelle incursion armée d’une poignée de réfugiés Tutsis dans le sud du pays (commune NSHILI, préfecture de GIKONGORO).

1969 : le PARMEHUTU est rebaptisé MDR (Mouvement Démocratique Républicain) et Grégoire KAYIBANDA est « re-réélu » (pour la troisième fois ! ! ) Président de la République.

1973 : 5 juillet le Président Grégoire KAYIBANDA est renversé par un coup d’état militaire dirigé par le Général Major Juvénal HABYARIMANA, alors Ministre de la Défense de la Garde Nationale. HABYARIMANA éliminera presque tous les ministres, directeurs généraux et officiers supérieurs du Gouvernement précédent de Grégoire KAYIBANDA (principalement « les gens du sud ») et ce dernier mourra dans le dénuement et l’indifférence totale de ses compatriotes qui ne juraient que par KAYIBANDA, le père de la première République, quelques mois avant le coup d’état ! !

1975 : HABYARIMANA crée le Mouvement Révolutionnaire Nationale pour le Développement (le MRND).

1978 : Le Président HABYARIMANA introduit une nouvelle constitution et décrète le MNRD, Parti unique dont tout Rwandais est membre dès la naissance.

Les autorités de la 1ère et de la 2ème République ont toujours opposé une fin de non recevoir aux différentes revendications des réfugiés à retourner dans leur patrie.

Les Rwandais en exil

1979 : Un groupe de Rwandais exilés au Kenya crée le « Rwandese Alliance for National Unity » (RANU). Les objectifs du RANU étaient de trouver une solution au problème des réfugiés rwandais, et de combattre la dictature au Rwanda.

1982 – 1983 : Le régime de Milton OBOTE chasse d’Ouganda des milliers de réfugiés rwandais et des ougandais d’origine rwandaise. Le Gouvernement rwandais refuse l’entrée à quelques uns, détient d’autres dans les camps à l’intérieur du Rwanda, une partie de ceux-ci fut tuée.

1987 : le RANU devient RPF (Rwandese Patriotic Front) ou en français, le Front Patriotique Rwandais : FPR.

1988 (août) : 14 délégations des réfugiés rwandais organisent un congrès à Washington D.C. pour essayer de trouver une issue pacifique au problème de milliers de réfugiés rwandais dans le monde. La résolution de ce Congrès a été notifiée au Gouvernement Rwandais qui était invité, mais qui a préféré « snober » la rencontre.

Le conflit pré-génocide (1990-1994)

1990 (1 octobre) : attaque du Rwanda par l’APR (Armée patriotique rwandaise) branche armée du FPR.

1991 : le FPR et le Gouvernement Rwandais signent les Accords de cessez-le-feu de N’sele.

1993 (4 août ) : le Gouvernement Rwandais et le FPR signent les Accords de Paix d’Arusha (Tanzanie).

6 avril 1994 : l’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais, en provenance de Tanzanie, est abattu au-dessus de Kigali.

7 avril : début du génocide des Tutsis

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2 – Ethnisme et Génocide

Les Hutu, les Tutsi et les Twa parlent la même langue, le Kinyarwanda, ont les mêmes coutumes, notamment se marient de la même manière, assez souvent entre membre de deux groupes dits « ethniques », ont la même foi ancestrale en un Dieu unique – Imana – ont évolué vers les mêmes religions apportées par la colonisation, et vivent ensemble sur tout le territoire du Rwanda. Ces données remontent selon la tradition orale au moins jusqu’au xv ème siècle. Au delà on manque de connaissances, même si des historiens occidentaux ont avancé des théories non confirmées.

Avant la colonisation, ces classifications correspondaient à des groupes socio-professionnels, auxquels des fonctions politiques étaient associées. La dynastie royale était issue des éleveurs tutsi, mais la majorité des Tutsi ne faisaient pas partie de cette dynastie. Le roi lui-même, le Mwami , perdait, selon l’un des derniers d’entre eux, sa qualité de Tutsi en arrivant sur le trône. D’autres Rwandais, même si ce n’était pas très fréquent, pouvaient changer de groupe en fonction de certains événements entrainant une décision royale. Un agriculteur, « Hutu », pouvait devenir « Tutsi » et réciproquement.

La carte d’identité ethnique de l’administration belge

Pourtant, à la suite de travaux d’ethnologues européens dans les années vingt, les colonisateurs, allemands puis belges, ont discerné trois « ethnies ». Ils se sont fondé essentiellement sur des critères physiques, aujourd’hui contestés, et une histoire distinct des migrations de ces entités de population dont les dernières recherches ont montré le manque de pertinence. Les ethnologues belges analysèrent (mesurèrent les crânes, etc., catégoriseront) des milliers de Rwandais sur des critères raciaux analogues à ceux que les Nazis utiliseront plus tard. C’est toute la science sociale occidentale du début du XXe siècle qui est en cause.

On créa un stéréotype de chaque race, les Tutsi sont grands et minces, les Hutu petits et trapus, etc. En fait comme le remarquent des chercheurs il n’y a pas plus de différence de taille entre les Tutsi et les Hutu qu’entre les classes sociales françaises dans les années cinquante. Le mode d’alimentation expliquerait en grande partie ces différences fréquentes mais pas systématiques : les Tutsi, éleveurs, boivent traditionnellement plus de lait que les Hutu, cultivateurs.

En 1931, une identité ethnique est officiellement décrétée et des documents administratifs précisent systématiquement la catégorie « ethnique » de chaque personne, comme les Nazis spécifieront l’identité juive quelques années plus tard en Allemagne. Chaque Rwandais portera une carte d’identité ethnique obligatoire.

Ecriture coloniale de l’histoire du Rwanda

Aucune trace historique, archéologique et/ou linguistique connue ne confirme les hypothèses hasardeuses émises sur l’origine des Rwandais. On aurait du y voir qu’une seule ethnie : l’ethnie rwandaise, avec ses clans, ses hierarchies et ses groupes sociaux-professionnels, ses clivages et ses dynamismes, sa culture.

On écrivit une histoire du Rwanda qui justifiait l’existence de ces races.

Influence historique de l’éthnisme

Cette catégorisation ethnique a été essentielle dans la genèse du Génocide des Tutsis (ndw) au Rwanda de 1994. Le colonisateur a estimé que les Tutsi étaient une race supérieure aux Hutus et aux Twa. L’administration belge les a favorisé sur tous les plans et les a institués systématiquement comme relais coloniaux, destituant tous les responsables Hutuque la dynastie tutsi reconnaissait.

Lorsque les Rwandais revendiquèrent l’indépendance, le colonisateur belge renversa son alliance et mit en exergue l’exploitation des Hutu qu’il avait renforcée et systématisée, détournant contre les Tutsi la revendication d’indépendance. La révolte des Hutu chassa les Tutsi du Rwanda en grand nombre lors de l’indépendance au début des années soixante, notamment ceux qui étaient liés à la dynastie royale. Lorsque les exilés, majoritairement Tutsi, rentrèrent en force au Rwanda à partir de 1990, la République Hutu prépara le génocide des Tutsi restés au Rwanda, supposés être des traitres à la cause Hutu, des agents du FPR. Le manifeste des Bahutu, rédigé par des pères blancs à la fin des années 50, mais publié par le futur Président de la future République, et inspirera les « dix commandements du Muhutu », illustre les mots d’ordre radicalement anti-tutsi qui sont revalorisés dans la société rwandaise au début des années 1990.

D’aucuns prétendent que si cette distinction ethnique, essentiellement basée sur des critères morphologiques, avait été fondée, on aurait pas eu besoin de carte d’identité pour la préciser pour chaque Rwandais. Sur les lieux de massacres du génocide, on a retrouvé des milliers de cartes d’identité qui traînaient à côté des cadaves. Adoption de l’éthnisme par la France au Rwanda

Avec François Mitterand, l’armée et la diplomatie françaises, très actives au Rwanda pendant la période de la préparation et de l’accomplissement du génocide, ont adopté la perception ethnique de la République Hutu de Juvénal Habyarimana, dont ils avaient conscience des objectifs poursuivis. De nombreux textes officiels ou de responsables civils et militaires l’attestent. On en trouve dans les annexes et les auditions du rapport des députés français sur le Rwanda. Des politiques français n’hésitent pas à dire que les hutu, représentant 80 % de la population rwandaise, sont majoritaires et doivent avoir le pouvoir. ( Imaginons un discours français qui dirait que le secteur privé étant majoritaire, il doit avoir le pouvoir et exclure le secteur public ). Dans des documents moins officiels, des articles de journaux, des militaires français de l’opération Turquoise n’hésitaient pas à qualifier le FPR de « Khmers noirs ». Pourtant dès 1990, l’historien Jean-Pierre Chrétien, directeur de recherche au CNRS, fait des conférences sur l’éthnisme qu’il rassemblera dans un livre publié en 1997 sous le titre Le défi de l’ethnisme : Rwanda et Burundi .

Dans la ligne du discours de La Baule de François Mitterand, la France aurait pu exiger l’abandon de l’ethnisme et notamment de la carte d’identité ethnique, comme préalable à toute aide militaire à ce pays. Cette mesure fût d’ailleurs envisagée par la diplomatie française, mais est restée au niveau de l’intention. Les députés français, sur la foi de ce que disaient les militaires français, ont reconnu que des contrôles d’identité ethniques ont été fait par les soldats français au Rwanda à partir de 1993. De nombreux Rwandais confirment des contrôles d’identité faits par des Français avant 1994. Le témoignage le plus grave a été entendu par la Commission d’enquête citoyenne française dans lequel une Rwandaise dit avoir vu des militaires français faire de tels contrôles, en compagnie de soldats rwandais, en avril 1991 et remettre une personne contrôlée aux miliciens présents qui l’auraient « machettée » quelques mètres plus loin, alors que quelques corps gisaient déjà dans le caniveau.

Depuis sa création, le Front patriotique rwandais, principal parti du régime actuel du Rwanda, a toujours combattu cet ethnisme, dont les membres Tutsi fûrent privilégiés, pendant quarante ans, avant d’en devenir victimes à partir de 1958 et dont les membres Hutu ont été victimes avant d’en devenir privilégiés, pendant trente cinq ans, puis à nouveau victimes comme « complices » des « cancrelats » Tutsi en 1994. Refondation du système ethnique par le génocide

Aujourd’hui la vision ethnique du Rwanda est largement ancrée dans les esprits, aussi bien au Rwanda qu’à l’extérieur. Le génocide a cristallisé ces références « ethniques », la souffrance et la culpabilité démarquant à travers la société rwandaise deux courants culturels : celui des victimes du génocide et celui des génocidaires qui recoupent partiellement les catégories ethniques instituées par le colonisateur. Pourtant de nombreux Rwandais racontent comment ils avaient découvert parfois très tardivement dans leur adolescence leur identité « ethnique » et celle de leurs camarades.

Ainsi un peuple ayant une unité ethnique, l’ethnie rwandaise, a fini par être déchiré par l’utilisation inappropriée de la notion d’ethnie et son utilisation politique, puisque ce génocide a été pensé et conduit par l’Etat rwandais, dans le but de garantir le pouvoir des Hutu (agriculteurs) par l’extermination totale des Tutsi (éleveurs).

Le choix constitutionnel de combattre l’ethnisme

La nouvelle constitution du Rwanda, votée par référendum en 2003, a abrogé ces références ethniques et les a même rendues illégales pour quiconque chercherait à s’en prévaloir au Rwanda. La culture internationale n’a pas encore véritablement intégré cette évolution

Pour plus aller loin sur les origines coloniales, vous pouvez consuter le site du CPCR

Le Mémorial de la Shoah à Paris a fait une documentation complète sur le génocide des Tutsi du Rwanda ; pour la découvrir, cliquez ICI