Message d’Ibuka France aux établissements scolaires

Enseigner un génocide, c’est le prévenir. Un travail de sensibilisation d’Ibuka France a commencé depuis quelques années dans les collèges et lycées de France en collaboration avec les enseignants d’histoire. C’est dans ce contexte que Ibuka France a adressé un message, une newsletter à destination aux enseignants et professeurs ce 7 octobre 2020, pour les inviter à reprogrammer les interventions avec Ibuka France dès que possible  pour l’année scolaire 2020/2021.

Chère Madame, Cher Monsieur,

Après ces premières semaines de rentrée 2020-2021, marquée par les restrictions sanitaires imposées par la crise du COVID-19, Ibuka France souhaite vous assurer, vous ainsi que vos élèves et tout le corps enseignant, de ses pensées les plus solidaires. Vous nous avez fait confiance ces dernières années pour intervenir et participer à vos démarches pédagogiques autour de l’histoire et de la mémoire du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda, en 1994. Les mois de confinement ont malheureusement empêché la tenue normale de certaines des séances que plusieurs établissements avaient souhaité programmer l’an passé.

Malgré les contraintes toujours fortes qui perturbent le cours normal de nos vies quotidiennes, Ibuka-France vous réaffirme sa disponibilité et sa volonté de poursuivre, à vos côtés, le travail nécessaire de transmission de la mémoire du génocide contre les Tutsi au Rwanda auprès des jeunes générations afin de les sensibiliser aux devoirs de mémoire, au vivre ensemble et à leur rôle de citoyen demain.

Dans l’espoir de poursuivre le chemin emprunté ensemble, parfois depuis des années, je vous prie d’agréer, Chère Madame, Cher Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée.

Pour plus d’informations, vous pouvez nous contacter au:

Contact contact@ibuka-france.org

« Sans ciel ni terre – Paroles orphelines du génocide des Tutsi (1994-2006)  » d’Hélène Dumas

« Dans l’amas des archives de la principale institution chargée de l’histoire et de la mémoire du génocide au Rwanda, plusieurs liasses de fragiles petits cahiers d’écoliers renfermaient dans le silence de la poussière accumulée les récits d’une centaine d’enfants survivants.
Rédigés en 2006 à l’initiative d’une association rwandaise de rescapés, dans une perspective testimoniale et de catharsis psychologique, ces témoignages d’enfants devenus entre-temps des jeunes hommes et des jeunes femmes, racontent en trois scansions chronologiques souvent subverties ce que fut leur expérience du génocide, de la  » vie d’avant  » puis de la  » vie d’après « . Leurs mots, le cruel réalisme des scènes décrites, la puissance des affects exprimés, livrent à l’historien une entrée incomparable dans les subjectivités survivantes et permettent, aussi, d’investir le discours et la gestuelle meurtrière de ceux qui éradiquèrent à jamais leur monde de l’enfance.
Le livre tente une écriture de l’histoire du génocide des Tutsi à hauteur d’enfant. Il donne à voir et à entendre l’expression singulière d’une expérience collective, au plus près des mots des enfants, au plus près du grain de la source. Tentative historiographique qui est aussi une mise à l’épreuve affective et morale pour l’historienne face à une source saturée de violence et de douleur. Loin des postulats abstraits sur l' » indicible « , le livre propose une réflexion sur les conditions rendant audibles les récits terribles d’une telle expérience de déréliction au crépuscule de notre tragique XXe siècle. »

Pour plus d’informations et commande : https://livre.fnac.com/a14086293/Helene-Dumas-Sans-ciel-ni-terre-Paroles-orphelines-du-genocide-des-Tutsi-1994-2006?ectrans=1&OriginClick=YES&clientUid=107f84683-b81b-4ae3-b1fb-45a6d27c1a4f&Origin=mail_63fe0026

LES RECETTES COMPLOTISTES DE JUDI REVER-3

3. RECETTES COMPLOTISTES

Kagame, Machiavel des Grands Lacs. Sous couvert de « raison » et de quête de « vérité », on trouvera très peu d’intérêt pour les victimes du génocide dans les phrases de Mme Rever. Quand ils ou elles apparaissent, c’est pour abonder sa thèse centrale selon laquelle « les Tutsis de l’intérieur, c’est-à-dire ceux vivant au Rwanda par opposition à ceux qui grandirent comme réfugiés en Ouganda, au Burundi, au Congo et en Tanzanie, furent sacrifiés » par le chef du FPR et actuel président rwandais, Paul Kagame. Celui-ci se voit accusé d’avoir utilisé le génocide « comme [une] passerelle pour atteindre le pouvoir ». Cette métaphore utilisée par l’un des témoins-mystères cité dans l’article illustre, avec une ironie tragique, le rapport très utilitaire qu’entretient l’autrice à ce sujet.

Afin d’asseoir le statut de maître comploteur de Paul Kagame, elle en dresse un portrait indirect en mobilisant un supposé consensus international : « Kagamé est bien vu du monde entier parce qu’il a fait croire qu’une majorité de Hutus a tué les Tutsis. » La généralisation induite par une telle phrase mobilise la connivence autrice/lectorat nécessaire au récit complotiste. Judi Rever se présente en journaliste-seule-contre-tous et nous invite à rejoindre sa lutte. En l’occurrence, une recherche rapide sur des sites de journaux « du monde entier » suffit à vérifier la fragilité de cet axiome. Les articles répondant au mot-clé « Kagame » livrent un portrait moins flatteur que prévu.[1]

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LES RECETTES COMPLOTISTES DE JUDI REVER-2

 

2. ORGANISER LA CONFUSION

Un désert intellectuel. En une phrase, Judi Rever résume l’ensemble de la recherche centrée sur le génocide contre les Tutsi au Rwanda à une impasse : « Des chercheurs du monde entier ont essayé, à grand peine, de comprendre comment tant de Tutsis ont pu être exterminés. » Cette affirmation, volontairement ambiguë, présente plusieurs avantages à la démonstration qu’elle prétend effectuer : en évoquant l’extermination de « tant de Tutsis » elle veut se prémunir de l’accusation de négationnisme ; en parlant des « chercheurs », elle suggère détenir une connaissance exhaustive de ce champ d’étude, tout en posant en axiome un égarement général de leurs recherches – ils ont « essayé » de comprendre, mais sans succès, jusqu’à Mme Rever.

En une phrase donc, l’autrice révoque en nullité vingt-cinq ans de travaux historiques, sans se mettre en peine de démontrer son jugement. Son lectorat doit se contenter d’un portrait peu reluisant de leur activité intellectuelle – « à grand peine » – et accepter d’emblée l’échec de leur tentative. Pourtant, un examen superficiel de la bibliographie sur le sujet suffit à battre en brèche ce lieu commun d’un sujet resté incompréhensible à ses spécialistes. Dès la fin du génocide, une connaissance de ses mécanismes est attestée, par exemple, avec l’enquête monumentale coordonnée par Alison Des Forges[1].

Judi Rever prend ses précautions à cet égard puisqu’elle explique ensuite : « D’après l’histoire officielle, telle que rapportée dans les livres et par les survivants du Rwanda étroitement contrôlés par Kagamé, c’est le précédent gouvernement hutu et ses bourreaux volontaires qui décidèrent d’exterminer la minorité tutsie à la machette, dans une tentative désespérée pour se maintenir au pouvoir ». L’étiquette « histoire officielle » vient disqualifier d’avance toute réponse étayée à son jugement sur l’état de la connaissance à propos du génocide de 1994. D’un même mouvement, l’autrice présente donc les chercheurs sur le sujet comme des imbéciles besogneux et/ou comme des menteurs voulant étouffer la vérité. Inscrivant son propos dans un tel cadre, elle s’écarte de la méthode admise en sciences sociales, c’est-à-dire la publicité d’une démarche s’appuyant sur la lecture critique de sources diverses. Elle dessine ainsi un nouvel espace selon ses besoins, faisant la part belle au combat entre une vérité dissimulée et un mensonge établi. Cette confusion délibérée se retrouve avec les « concepts » employés dans son article.

Des concepts pour organiser la confusion. Dans l’introduction d’Alain Léauthier comme dans l’article de Judi Rever, l’expression « génocide rwandais » est employée comme allant de soi. Le génocide s’est en effet déroulé sur le territoire rwandais, contre des Rwandais. Néanmoins, ce choix lexical évacue la caractéristique de cet événement en passant sous silence les personnes visées par le processus d’extermination : les Tutsi rwandais, qui devaient mourir parce que né-es Tutsi. Ainsi que l’écrit Mehdi Ba, « on peut nier l’essence d’un événement sans pour autant nier l’événement lui-même. »[2]

L’expression est largement reprise par de nombreux médias, par négligence ou ignorance. Dans la logique de l’article de Mme Rever, qu’on nous présente comme experte, ce choix ne peut être qu’assumé. Or, mal nommer l’objet de sa recherche est une erreur fondamentale pour tout travail de journalisme ou de sciences sociales, dont le but est d’en permettre la compréhension la plus précise possible. Parler de « génocide rwandais » en lieu de « génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994 » tend à gommer le caractère raciste du crime et, avec lui, la responsabilité des bourreaux partisans de l’idéologie « Hutu power ».

Judi Rever évoque cependant la participation de « crapules hutus » – désignés plus loin comme des « brigands hutus » –à certains massacres. Le choix de ces termes, au contenu plus moral qu’analytique, sert la thèse fondamentale de la journaliste canadienne : disqualifier l’idée d’un génocide planifié, organisé, impliquant une part importante de la population civile. En d’autres termes, ces « crapules » apparaissent comme des êtres prédisposés au crime, facilement manipulables. On retrouve ainsi le lieu commun de la monstruosité ontologique des génocidaires – forcément très peu nombreux – séparés de la commune humanité des gens « normaux ». Lieu commun rassurant, certes, mais plus proche de l’acte de foi que de la démarche historique ou sociologique.

À défaut de méthode historique, Judi Rever s’appuie sur une analyse linguistique pour défendre sa thèse d’un génocide organisé et exécuté par le FPR. Son témoin-clé dit avoir entendu prononcer, par un homme de main de M. Kagame, le mot « abatabazi », dont elle nous explique qu’il s’agirait du « mot de code pour commando. » Pourtant, dans l’ouvrage qu’il consacre au génocide contre les Tutsi, Florent Piton explique, dans un paragraphe fort clair, que le terme « abatabazi » est le surnom par lequel se présentaient les membres du GIR extrémiste, formé le 8 avril 1994, et qu’il signifie : « les sauveurs »[3]. Ce manque de scrupule méthodologique se retrouve également dans la trame lexicale de l’article, très largement tributaire des discours produits à l’époque coloniale et reprise, après l’indépendance, par les gouvernements de la Première et de la Deuxième République rwandaise.

Scories colonialistes. Malgré ses prétentions au scoop, Judi Rever ne dédaigne pas l’emploi de clichés les plus éculés pour faire le portrait du Rwanda. On apprend ainsi au détour d’une phrase que « dans ce pays […] Hutus et Tutsis se ressemblent quelquefois beaucoup ». Une fois encore, l’adverbe joue un rôle de choix. Il campe son autrice en experte, capable de porter de la nuance là où le profane n’en aurait même pas eu l’idée.

Sur le fond, ce « quelquefois » indique la caractéristique exceptionnelle ou extraordinaire de ce cas de figure. Il sous-entend que, dans la majorité des cas, un Hutu se distingue sans difficulté d’un Tutsi, à l’œil nu. Selon quels critères ? La journaliste canadienne ne le dit pas mais la réponse est aussi ancienne que l’irruption européenne au Rwanda. Dans la langue des colons, au Tutsi « nez droit, le front haut, les lèvres minces » s’oppose au Hutu, « nez épaté, lèvres épaisses, front bas » ; ces caractéristiques physiques, théorisées par les colons, étaient supposément accompagnées de propriétés psychologiques : face au Hutu « timide et paresseux », le Tutsi se distinguait par « un fond de fourberie, sous le couvert d’un certain raffinement ».[4]

En filigrane, l’article de Marianne reproduit d’ailleurs ce champ lexical de la ruse, caractéristique de la propagande officielle véhiculée par la Première République rwandaise.[5] L’hypocrisie supposément atavique des Tutsi est résumée par l’insert suivant : « Infiltrer, dissimuler, tromper ». Ce mantra attribué aux agissements supposés du FPR est complété un peu plus tard par la phrase suivante : « les soldats tutsis de Kagamé se dissimulaient sous l’uniforme de la milice hutue pour s’en prendre aux civils. »

Le portrait des Tutsi en « dissimulateurs » relie les deux fils d’une même histoire de discrimination d’État : celle orchestrée par le premier régime rwandais indépendant et celle déchaînée au tournant des années 1990 par les médias proches du gouvernement de Juvénal Habyarimana, qui valut aux Tutsi rwandais le surnom animalisant de « serpents ». Mâtinée de sexisme, ce registre fut réactivé par Kangura, revue extrémiste proche du régime, afin, par exemple, de disqualifier Roméo Dallaire, le commandant des forces de l’ONU sur place en 1994, en le caricaturant sous l’emprise sexuelle de femmes tutsi[6].

Mme Rever recycle un dernier lieu commun, aussi ancien que la colonisation du Rwanda, lorsqu’elle décrit la colline de Bisesero comme un « fief tutsi ». Le recours au vocabulaire de la féodalité prend un tour singulier dans le contexte rwandais, où il est assigné à la monarchie précoloniale par les premiers Européens qui traversent la région et ce, malgré une connaissance très approximative de celle-ci[7]. À partir de cette source frelatée se construit un récit colonial faisant des Tutsi des maîtres et possesseurs du Rwanda, par droit de conquête, dont les Hutu seraient les esclaves. Au tournant des années 1960, ce discours sature l’idéologie officielle du Rwanda indépendant. Présenter les Tutsi du Rwanda comme des seigneurs féodaux donne une coloration révolutionnaire au nouveau gouvernement et permet aussi de justifier les massacres commis dès 1959 contre les Tutsi, dont plusieurs dizaines de milliers s’exilent dans les pays voisins[8].

Sous la plume de Mme Rever, l’expression « fief tutsi » tient donc du pléonasme. Une telle expression ne permet cependant pas de comprendre la singularité de Bisesero et la raison – de nature historique – pour laquelle des milliers de Tutsi y ont cherché refuge au cours du génocide de 1994. L’autrice n’évoque par l’organisation précoce de foyers de résistance aux massacres de 1959, de 1962-1964 et 1973 dans la région de Bisesero ; rien non plus sur la transmission de cette expérience à travers les générations, ni sur les avantages tactiques du site.[9]

Les mots de Mme Rever font donc écho à la construction coloniale, postcoloniale et contemporaine d’un antagonisme racial au Rwanda, contribuant à rendre inintelligibles les dimensions politiques, historiques, sociologiques ayant présidé à l’organisation du génocide contre les Tutsi. Compensant le déficit de rigueur de son arsenal conceptuel par la rhétorique de la vérité dissimulée par une « histoire officielle », son article ajoute la confusion à l’erreur, comme le montre son usage des témoins.

Fiabilité du témoignage : l’exemple Munyandinda. Judi Rever fonde l’essentiel de sa démonstration sur des témoignages de première main, nous assure-t-elle, mais dont la fiabilité douteuse est rappelée ainsi par Raphaël Doridant :

« Faisant table rase de l’énorme travail d’établissement des faits réalisé par le TPIR, Judi Rever se contente, elle, de présenter des témoignages indirects, anonymes, ou à la crédibilité inexistante. L’un des témoins qu’elle cite indique que « ceux qui ont participé à l’opération le lui ont dit et qu’ils étaient membres des commandos des bataillons de Kagame« . Un autre a entendu les gens du FPR parler, dans les bars, « de ce qu’ils avaient fait, de combien de Tutsis avaient été tués« . Des sources non précisées « établissent que des centaines de membres des commandos FPR effectuèrent une descente sur Bisesero et les zones environnantes« . »[10]

Parmi ces sources anonymes, craignant pour leur vie, un témoin accepte de divulguer son identité : James Munyandinda, présenté comme « ayant quitté le Rwanda il y a plus de dix ans », un ancien membre du « bataillon du Haut Commandement, l’une des gardes rapprochés de Kagamé ». Un tel pedigree, faisant de ce témoin un modèle de courage, doit susciter la sympathie et la confiance du lectorat.

Pourtant, ici encore, Mme  Rever semble prendre quelques libertés avec les impératifs du journalisme d’investigation en omettant de préciser d’autres aspects biographiques concernant M. Munyandinda.[11] Les incohérences de sa déposition, en 2017, dans le cadre de l’enquête française sur l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana, sont également passées sous silence.[12] Judi Rever, malgré sa prétention à la défense et illustration de la vérité historique, ne sacrifie donc pas aux exigences élémentaires d’une vérification de la crédibilité de ses témoins. Peu lui importent les motivations politiques de son témoin-clé, sa parole se suffit à elle-même dès lors qu’elle valide la thèse posée au préalable comme vraie.

Cette conception de la recherche, plaçant le résultat avant son hypothèse, est au cœur de la mécanique complotiste que Mme Rever développe confortablement dans Marianne.


[1] Alison Des Forges (dir.), Aucun Témoin ne doit survivre. le génocide au Rwanda, Karthala, 1999 ; citons également le livre de Colette Braeckman, Rwanda. Histoire d’un génocide, Fayard, 1994, 344 p.

[2] « On peut nier l’essence d’un événement sans pour autant nier l’événement lui-même. C’est ainsi qu’il n’est pas indifférent de parler du « génocide rwandais » ou du « génocide des Tutsi du Rwanda ». Dans le premier cas, l’événement central est reconnu : un génocide s’est bien déroulé au Rwanda. Mais l’expression ne désignant ni ses auteurs ni ses victimes, elle pourra s’accommoder d’un discours par inversion promouvant la thèse d’un génocide commis contre les Hutu du Rwanda par le Front patriotique rwandais (FPR), comme on en a vu fleurir depuis 1994. À l’arrivée, le fait qu’un génocide soit survenu au Rwanda n’est pas contesté. Ce qui est nié, c’est sa spécificité intrinsèque. Lorsque le statut de victimes d’un génocide est attribué à ses auteurs, est-on en droit de parler de négation historique ? » (Mehdi Ba, « L’attentat du 6 avril 1994. Confusion, inversion, négation. » in Cités, n°57, 2014).

[3] Florent Piton, Le génocide des Tutsi du Rwanda…, op.cit., p.138.

[4] Cité par Jean-Pierre Chrétien, « Hutu et Tutsi au Rwanda et au Burundi », in Au Cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique, Jean-Loup Amselle et Elikia M’Bokolo (dir.), La Découverte, 1985, p.133.

[5] Régime instauré par Grégoire Kayibanda, avec le soutien des autorités belges, de 1962 à 1973, année qui voit son renversement lors du coup d’État mené par son ministre de la Défense, Juvénal Habyarimana.

[6] Voir Florent Piton, Le Génocide des Tutsi du Rwanda… op.cit., doc.15, p.121. Ce cliché continue de faire florès dans les écrits négationnistes, comme le Noires Fureurs, Blancs menteurs de Pierre Péan (actif collaborateur de Marianne), qui soutient : « [Les associations de Tutsi hors du Rwanda] ont su guider de très belles femmes tutsi vers des lits appropriés. » (p.44).

[7] L’Allemand Richard Kandt séjourne par exemple à la cour royale en 1896. Ces quelques jours lui suffisent à tirer des conclusions générales sur l’organisation politique du Rwanda, étendant « au pays tout entier une forme politique régionale […] ce qui laisse libre cours à la représentation d’un État centralisateur et unificateur. » (Claudine Vidal, « Situations ethniques au Rwanda », in Au Cœur de l’Ethnie, op.cit., p.173).

[8] À ce sujet, voir Jean-Pierre Chrétien et Marcel Kabanda, Rwanda, Racisme et Génocide. L’idéologie hamitique, Belin, 2013, 380 p.

[9] La colline de Muyira est ainsi décrite comme un promontoire « qui, dominant toutes les autres, a permis aux dizaines de milliers de réfugiés de voir venir le danger » (Stéphane Audoin-Rouzeau, Une Initiation – Rwanda (1994-2016), Seuil, 2017, p.135). Voir aussi l’article de Jacques Morel, « Le massacre de Bisesero en présence des Français (24 juin – 30 juin 1994) », op.cit., p.101-134.

[10] Raphaël Doridant, « Négationnisme : Judi Rever au miroir de Bisesero », op.cit.

[11] Mehdi Ba écrit ainsi que M. Munyandinda « anime depuis plusieurs années un mouvement monarchiste en exil – le Rwandan Protocol for a Rwandan Kingdom (RPRK) – ainsi qu’un site web farouchement anti-Kagame, doublé d’une radio en ligne » (« France – Rwanda : les contradictions du nouveau témoin  qui incrimine le FPR… », Jeune Afrique, 17 octobre 2007).

[12] En différents points, les supposées révélations de James Munyandinda contredisent celles d’autres témoins, pourtant désireux d’accuser le FPR : « Les uns affirment avoir entendu des bribes de conversation lors des réunions préparatoires à l’opération ; les autres assurent avoir participé au chargement ou au transfert des missiles de Mulindi à Kigali. Mais leurs versions respectives se sont heurtées à un obstacle majeur : elles sont mutuellement incompatibles. Celle de James Munyandinda ne fait pas exception à la règle. » (Mehdi Ba, « France – Rwanda… art.cit.)

LES RECETTES COMPLOTISTES DE JUDI REVER-1

Par Romain Poncet Membre du conseil d’administration d’Ibuka France

 1ère Partie 

Le 21 décembre 2019, le magazine Marianne ouvrait ses colonnes à la Canadienne Judi Rever. Décrite comme journaliste freelance par le quotidien canadien anglophone Globe and Mail pour lequel on nous précise qu’elle a publié « de nombreux articles », Rever est aussi l’autrice du livre In Praise of Blood. The Crimes of the Rwandan Patriotic Front (paru en 2018), que les éditions Fayard renoncèrent à publier en France.[1]

Cet ouvrage, comme l’article qui fait l’objet de la présente étude, développe une thèse que résume complaisamment Alain Léauthier dans sa courte introduction : selon l’autrice, le Front Patriotique Rwandais, dont la branche armée était alors dirigée par l’actuel président Paul Kagame, aurait « pris part aux massacres des Tutsis, en infiltrant les milices du Hutu-Power. Avec un objectif politique conduit en tout cynisme : s’imposer comme le seul recours légitime face aux génocidaires. »

Autrement dit : pour prendre le pouvoir, M. Kagame avait besoin d’un génocide, qu’il aurait donc préparé, déclenché et auquel auraient participé des commandos FPR, dans le but d’y mettre un terme, afin de se poser en sauveur aux yeux du monde et d’asseoir sa domination sur le pays.

L’absurdité fondamentale de ce raisonnement devrait suffire à en invalider le potentiel de persuasion. De fait, l’article de Mme Rever prolonge l’œuvre engagée dès 1994 par les avocats des génocidaires visant à « inverser les rôles, à relativiser, à banaliser, à mentir sur la réalité des faits »[2]. Il conduit également à s’interroger sur l’opportunité de sa publication dans un hebdomadaire français bien installé dans le paysage médiatique.

Mais du relais donné à l’idée d’un « génocide des Hutus » dès 2000[3], jusqu’aux propos de sa rédactrice en chef actuelle, soutenant que le génocide de 1994 mettait en présence « des salauds face à d’autres salauds »[4], Marianne a depuis longtemps démontré son obsession pour la réécriture et la falsification de l’histoire du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda.

Mme Rever creuse donc un sillon déjà labouré dans un sens et dans l’autre, tout en rejetant l’accusation de négationnisme que lui vaut sa thèse.

L’article de la journaliste canadienne, ainsi que sa présentation par Alain Léauthier représentent un cas d’école de la rhétorique fallacieuse employée par la nébuleuse négationniste, langue composite mêlant confusion conceptuelle, défaut de rigueur méthodologique et manipulation des faits.

Les erreurs factuelles – les mensonges ? – qui grèvent la trame de l’article de Mme Rever ont ainsi été exposés par Raphaël Doridant, dans un article récent, étayé et implacable.[5] La présente analyse se concentrera donc surtout sur les artifices formels mis en œuvre dans le but de rendre plausibles des propos absurdes, stratégie commune à tous les négationnismes, mais qui prend un tour spécifique dans le cas du génocide contre les Tutsi au Rwanda.

Il s’agira, dans un premier temps, d’exposer la falsification caractérisée de l’histoire des massacres commis à Bisesero, opérée par cet article ; on verra ensuite comment les outils qu’emploie la journaliste canadienne, par leur manque de pertinence et de rigueur, contribuent à brouiller la lecture générale de la planification et du déroulement du génocide contre les Tutsi au Rwanda ; enfin, un troisième moment exposera les ressorts complotistes qui font de cet article un modèle de discours conspirationniste, dont Marianne semble s’accommoder sans grand scrupule.

1. UNE FALSIFICATION DÉLIBÉRÉE DE L’HISTOIRE

Bisesero. Comme l’indique le titre de l’article, « Révélations sur les massacres de Bisesero », Judi Rever prétend remettre en cause une supposée « histoire officielle » concernant l’extermination des Tutsi réfugiés dans les hauteurs de ces collines, au sud-ouest du Rwanda. Entre fin avril et fin juin 1994, plusieurs dizaines de milliers deTutsi sont la cible d’assauts quotidiens menés par les Forces Armées Rwandaises (FAR), les miliciens et des civils hutu rassemblés et armés par les autorités locales.

Cependant, Mme Rever affirme que cette analyse des événements ne serait pas exacte. Sa négation s’édifie autour de deux axes complémentaires : la réécriture de l’histoire des massacres de Bisesero, afin d’en exonérer les organisateurs institutionnels ; le renversement des responsabilités par la désignation d’autres coupables.

Réécriture des massacres, donc. Judi Rever reconnaît que « des dizaines de milliers de victimes furent tuées à la hache, à l’arme à feu ou brûlées par des hordes de tueurs ». Plus tard, une de ses témoins anonymes lui explique que des « bandits sont arrivés comme des sauterelles et se sont mélangés aux Hutus locaux ». « Hordes », « bandits », « sauterelles » :le choix de ce lexique induit donc que le génocide serait le fruit d’une « explosion spontanée de violences »[6] impossible à contrôler pour un gouvernement failli et impuissant.

La nature organisée des massacres de 1994 à Bisesero est cependant indubitable. Jacques Morel explique par exemple :

« À l’annonce de l’attentat contre le président Habyarimana, ce n’est pas une colère populaire qui déclenche le génocide des Tutsi. Ce sont les autorités locales, préfets et bourgmestres en tête, qui l’ont mis en œuvre en mobilisant leurs subordonnés, notamment les gendarmes, les policiers communaux, les miliciens et la population hutu »[7].

De même, la planification et l’organisation des massacres sont mises en évidence par les documents officiels de l’époque, aujourd’hui facilement accessibles. Par exemple, le 18 juin 1994, le ministre de l’Intérieur du Gouvernement Intérimaire Rwandais (GIR), Édouard Karemera, signale par courrier au commandement de Gisenyi (nord-ouest de Bisesero) que :

« le Gouvernement a décidé de demander au Commandement du Secteur Opérationnel de Gisenyi d’appuyer le Groupement de la Gendarmerie à Kibuye pour mener, avec l’appui de la population, l’opération de ratissage dans le secteur Bisesero de la Commune Gishyita, qui est devenu un sanctuaire du FPR. »[8]

Au nom du GIR, le ministre invite à « prendre les dispositions qui s’imposent pour faciliter la réalisation cette [sic] opération dans les délais vous [sic] impartis »,  à savoir « au plus tard le 20 juin ». Contrairement à ce qu’insinue la prose de Mme Rever, l’organisation et l’exécution des massacres de Bisesero par le Gouvernement intérimaire rwandais (GIR) ne laisse aucune place au doute. Même à la fin du génocide, l’appareil administratif, du plus haut niveau de l’État jusqu’aux préfectures et aux communes, fonctionne avec une efficacité redoutable.

Disculper les coupables, accuser le Front Patriotique Rwandais (FPR). La falsification caractérisée entreprise par Judi Rever ne se limite pas à disculper les organisateurs institutionnels du génocide. Elle l’affirme : « c’est bien le FPR qui finit par écraser la résistance des Tutsis de Bisesero, s’assurant de leur mort par milliers fin juin ». Selon l’un de ses témoins, Paul Kagame et deux de ses lieutenants « donnèrent aux commandos du FPR l’ordre des tueries de Bisesero, et, du Rwanda en général ».

Alors que la propagande officielle des génocidaires faisait de chaque Tutsi au Rwanda un infiltré du FPR à exterminer, la journaliste  canadienne explique aujourd’hui que les Tutsi massacrés l’ont été par les hommes de Paul Kagame. Par la magie de cette opération verbale, les criminels deviennent les victimes d’une erreur historique.

Pour justifier ce tour de force, Mme Rever s’arrange avec la réalité. Elle admet ainsi que les Interahamwe participent aux massacres de Bisesero. Le portrait qu’elle fait de ces milices s’inscrit dans le droit fil de sa volonté de disculper les génocidaires : « La milice Interahamwe était la jeune garde du parti au pouvoir […] dont de nombreuses recrues étaient au chômage, exilées et affamées. » Traduction : une bande de traîne-savates, de voyous et… d’étrangers. La nature de leurs liens avec le parti présidentiel n’inspire pas plus de réflexion à Mme Rever. Pourtant, l’historien Florent Piton décrit plus en détails la genèse et le rôle de cette milice :

« Fin 1991, un groupe de supporters de l’équipe de football Loisirs se transforma en une structure de mobilisation des jeunes en faveur du MRND : ainsi naquirent les interahamwe, bientôt devenus le premier relais de recrutement pour l’ancien parti unique. […] À partir de 1992, des antennes locales furent créées un peu partout dans le pays, sans que soit jamais réglé le statut juridique du mouvement […]. Cette carence légale, plutôt exceptionnelle au Rwanda, permettait de couvrir les exactions des interahamwe qui, parce qu’ils n’avaient pas vraiment d’existence officielle, ne pouvaient être convoqués devant la justice.

De fait, les interahamwe […] étaient au cœur des violences politiques, des attentats et des pogroms antitutsi. […] Le soir du 6 avril, les interahamwe sont en première ligne avec la garde présidentielle et les unités fidélisées de l’armée sur les barrages et dans les opérations de traque contre les opposants et les Tutsi. »[9]

La coordination des acteurs du génocide, politiques, militaires ainsi que civils annule l’hypothèse d’une milice Interahamwe à la dérive. Mais ce souci du réel demeure périphérique dans l’article de Marianne. En effet, l’argumentaire général repose sur une affirmation définitive : « il est également avéré que des commandos du FPR avaient infiltré les milices des partis hutus », allant jusqu’à évoquer la participation de « milices mixtes » aux massacres. L’aplomb soutient l’invraisemblance de ce scénario. L’autrice ne se met pas en peine de prouver le caractère « avéré » de ces affirmations ; de même, la forte solidarité qui  liait les miliciens, recrutés localement et inscrits dans les mêmes réseaux de sociabilité, rend littéralement incroyable l’idée de leur infiltration[10]. C’est donc avec ces milices radicalement anti-tutsi, dévouées au GIR, que le FPR aurait exécuté le génocide, grâce au déploiement de commandos dont « l’effectif […] atteignait plusieurs milliers ». Le FPR n’est donc pas à l’origine de l’arrêt du génocide contre les Tutsi, il en devient l’exécutant principal. L’organisation dirigée par Paul Kagame n’aurait pas sauvé les Tutsi mais aurait participé à leur assassinat partout dans le pays.

Ici encore, la falsification de Judi Rever est battue en brèche par les documents d’époque. La DGSE signale, par exemple, dans une note du 17 juin 1994, le secours apporté par le FPR aux Tutsi réfugié-es à l’hôtel des Mille Collines de Kigali, et menacé-es par les « milices hutu ». La note précise :

Ces mouvements font suite à l’action du commando du Front Patriotique Rwandais (FPR) monté pour libérer des Tutsi, menacés par les milices hutu. Dans la nuit du 16 au 17 juin 1994, un commando de trente rebelles a fait irruption dans le centre paroissial de la « Sainte Famille », où vivaient reclus un millier de Tutsi.  […] 600 Tutsi ont pu être évacués sains et saufs par le nord-ouest. L’opération aurait fait plus de de 200 victimes, essentiellement des militaires gouvernementaux. »[11]

En dépit de ces faits documentés, Judi Rever soutient sa version fallacieuse en abattant une dernière carte : le témoignage, en juin 1994, des habitants de «Gishyita, au Nord-Ouest de Bisesero, [qui] expliquèrent aux soldats français que le FPR avait entièrement infiltré les collines de Kibuye et « essayaient de couper le pays en deux ». » En effet, la résolution 929 de l’ONU, en date du 22 juin 1994, autorise une intervention française au Rwanda – l’opération Turquoise – dans un but officiellement « strictement humanitaire […], qui sera menée de façon impartiale et neutre et ne constituera pas une force d’interposition entre les deux parties » [12]. Déployés dans le sud-ouest du pays, c’est là que les militaires français dont parlent Mme Rever recueillent la parole des villageois de Gishyita, près de Bisesero. Parole qui mériterait quelques éléments contextuels sur lesquels l’autrice fait l’impasse : elle ne relève pas sa conformité parfaite avec la propagande du GIR génocidaire qui, pour maquiller le crime qu’il perpètre depuis près de trois mois, présente les Tutsi rwandais comme des ennemis en puissance, voire des membres du FPR infiltrés dans le pays. Elle n’évoque pas non plus le fax des services de renseignement du commandement de Turquoise qui décrit ainsi les massacres en cours à Bisesero : « le 27 vers 11 heures, un élément fort d’une centaine de miliciens armés encadré par des militaires a attaqué […] 200 Tutsis, originaires de la commune, [qui] étaient regroupés dans le secteur »[13]. Elle ne mentionne pas non plus la déclaration du 29 juin, faite par le lieutenant-colonel Duval au ministre de la Défense de l’époque, François Léotard, selon laquelle « il n’y avait pas d’éléments du FPR infiltrés à cet endroit et que c’était les milices hutues qui étaient responsables des massacres »[14].

Pas plus qu’elle n’interroge l’identité de ces « villageois » que rencontrent les Français. Or, après trois mois de génocide, n’est-il pas probable que ces informateurs aient eux-mêmes participé aux exactions ? Dans une courte vidéo du 28 juin 1994, révélée en 2018 par Mediapart – que Mme Rever ne doit pas ignorer – un sous-officier français rapporte, par exemple, au colonel Rosier les massacres dont il a été témoin en patrouille et ajoute : « le guide qui nous accompagnait, manifestement, c’était un des gars qui […] guidait les milices dans les jours qui ont précédé. »[15]. Mme Rever ira-t-elle jusqu’à prétendre que ce soldat était un énième agent FPR infiltré dans l’armée française pour la désinformer ?

Plutôt que d’interroger la passivité de l’armée française à Bisesero, entre les 27 et 30 juin 1994, alors que les massacres se déroulent contre les ultimes survivant-es, Judi Rever récuse tout examen de l’(in)action de Turquoise – « accusations antifrançaises » – et fait siennes le credo génocidaire de « l’infiltration de l’ensemble du pays » par le FPR.

Ce dernier exemple est emblématique de la malhonnêteté analytique et du flou conceptuel délibérément entretenus par la journaliste canadienne, encore renforcés par le dispositif éditorial mis en place par Marianne, afin de contribuer à la falsification de l’histoire.


[1] « Génocide des Tutsi au Rwanda : les éditions Fayard ne publieront pas le livre controversé de Judi Rever », Jeune Afrique, 22 mai 2019.  Les éditions Max Milo ont depuis annoncé la sortie de sa version française pour la fin août 2020, « Génocide des Tutsi au Rwanda : le livre controversé de Judi Rever paraîtra en France », Jeune Afrique, 9 juillet 2020.

[2] Assumpta Mugiraneza, « Négationnisme au Rwanda post-génocide », in Revue d’Histoire de la Shoah, n°190,2009, p.288. Sur ce sujet, voir dans le même volume « L’histoire des vaincus : Négationnisme du génocide des Tutsi au Rwanda », p.299-347.

[3] « Le Nouveau Scandale du Rwanda », Marianne, 15 mars 2000. La plume anonyme derrière cet encadré évoque tout de même « l’explosion de haine ethnique dont des centaines de Tutsis ont sans doute été victimes ». Tant de scrupules et d’équivoque en quinze mots confine au chef-d’œuvre.

[4] « Le Duel », France Inter, 18 mars 2018.

[5] Raphaël Doridant, « Négationnisme : Judi Rever au miroir de Bisesero », Billets d’Afrique, n°268, 06/2020. Consultable en ligne : https://survie.org/billets-d-afrique/2020/298-juin-2020/article/negationnisme-judi-rever-au-miroir-de-bisesero.

[6]René Lemarchand, « Le programme révisionniste », in Rwanda, état des recherches, sur le site https://www.sciencespo.fr/mass-violence-war-massacre-resistance/fr

[7] Jacques Morel, « Le massacre de Bisesero en présence des Français (24 juin – 30 juin 1994). Une enquête », Les Temps Modernes, 2014/4 (n°680-681) p.101-134. Le rôle central des autorités gouvernementales et locales est aussi attesté par le TPIR dans le rendu de son verdict contre le préfet de Kibuye, Clément Kayishema, qui « était présent lors des massacres perpétrés sur la colline […] lesquels ont commencé le ou vers le 13 mai 1994 » et qui a « incité à attaquer les Tutsis qui s’étaient rassemblés, arrêté la stratégie d’attaque à mettre en œuvre, dirigé les assaillants et participé » lui-même aux massacres. (voir Raphaël Doridant, « Négationnisme : Judi Rever au miroir de Bisesero », op.cit. ou en ligne sur le site du Tribunal Pénal Iinternational pour le Rwanda : https://unictr.irmct.org/sites/unictr.org/files/case-documents/ictr-95-1/trial-judgements/fr/990521.pdf)

[8] Voir en ligne : http://www.francegenocidetutsi.org/KaremeraNsengiyumva18juin1994TPIR.pdf

[9] Florent Piton, Le génocide des Tutsi du Rwanda, La Découverte, 2018, p.149-152. L’auteur rappelle également que d’autres milices existaient depuis l’ouverture au multipartisme, mais qu’elles se réunirent aux interahamwe dès le début du génocide : « D’ailleurs, le terme interahamwe […] en est venu à désigner uniformément tous les génocidaires. » (p.152).

[10] Voir par exemple Jean Hatzfeld, Une Saison de machettes, Seuil, 2003, 320 p.

[11] Note disponible en accès libre à l’adresse suivante : http://francegenocidetutsi.org/NotesDGSEextraits.pdf.

[12] Résolution 929 de l’ONU, https://undocs.org/fr/S/RES/929(1994).

[13] François Graner & Raphaël Doridant, L’État français et le génocide des Tutsis au Rwanda, Agones, 2019, p.174.

[14] Ibid., p.178.

[15] Fabrice Arfi, « Génocide des Tutsis au Rwanda: la vidéo qui accable l’armée française », Mediapart.fr, 25 octobre 2018.

La maison d’éditions Max Milo ne doit pas être une tribune du négationnisme du génocide contre les Tutsis

Memorial de Gisozi Kigali

A l’heure où Twitter, Facebook et autres géants de l’internet, en mettant fin à la tribune donnée depuis plusieurs années au controversé Dieudonné, semblent commencer à prendre conscience qu’il est inacceptable de permettre, sous couvert de la liberté d’expression, la diffusion des propos outrageant la mémoire des victimes de génocide ; la maison d’éditions Max Milo a décidé, elle, de prendre le chemin inverse en publiant la version française du livre « In Praise of Blood » de la canadienne Judi Rever sous le titre « Rwanda, l’éloge du sang » dont la sortie est prévue entre le 27 août et le 3 septembre prochain.

Depuis quelques années, Judi Rever s’est installée dans la nébuleuse des faussaires de l’histoire du génocide contre les Tutsis. Tout en se présentant comme une journaliste risquant sa vie pour porter au monde une vérité supposément dissimulée, elle développe ses thèses fallacieuses dans divers médias bien en vue.

Son livre, présenté sous la forme d’une prétendue enquête, n’est, en fait, que la reprise des allégations de personnes condamnées ou recherchées par la justice pour le génocide contre les Tutsis. Sa « vérité », se résume ainsi : pour prendre le pouvoir, Paul Kagame avait besoin d’un génocide, qu’il aurait donc planifié et déclenché dans le but d’y mettre un terme, afin de se poser en sauveur aux yeux du monde et d’asseoir sa domination sur le pays.

Au-delà des preuves (aisément) disponibles, des travaux menés par des historiens et des journalistes, au Rwanda et dans le monde, la seule lecture de cette absurdité devrait conduire toute maison d’édition à mettre en doute le sérieux dont peut se prévaloir son autrice ainsi qu’à écarter l’idée même de sa diffusion. C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Éditions Fayard en 2019. Mais Max Milo, elle, semble n’en avoir cure.

Judi Rever se défend évidemment de tout négationnisme. Si elle consent à reconnaître que des Tutsis ont été massacrés en 1994 au Rwanda, c’est pour mieux affirmer qu’ils l’ont été par d’autres Tutsis. Ce rejet caractérisé des preuves accumulées depuis 1994 par les instances internationales – dont elle balaye allègrement les conclusions – et par les travaux menés en sciences sociales – dont elle bafoue allègrement les méthodes – est une négation évidente du génocide contre les Tutsis.

En effet, quel terme à part celui de négationnisme s’accorde avec un procédé visant à exonérer les bourreaux effectifs d’un génocide pour en reporter l’organisation, le déclenchement et la perpétration sur ceux qui y mirent fin ? Quel autre terme peut désigner de la meilleure manière un « travail » visant à rendre confuse la lecture d’un crime de génocide en se fondant sur un édifice conceptuel complotiste ?

Faut-il rappeler, une fois de plus, que le négationnisme n’est pas une opinion mais un délit réprimé par la loi sur le plan pénal et intolérable sur le plan moral car il insulte la mémoire des victimes et offense les survivants portant ainsi atteinte à leur dignité ?

Comment peut-on encore accepter ce mépris qui n’est rien d’autre qu’un racisme récurrent ? Sommes-nous donc d’accord que « Dans ces pays-là, un génocide ce n’est pas trop important » comme l’aurait dit François Mitterrand ?

Judi Rever est seule responsable de ses élucubrations mais en faisant résonner sa voix, en la légitimant publiquement Max Milo, qui se targue de « provoquer à juste titre », se fait plutôt complice d’une entreprise sordide dont les conséquences ne se résument pas à l’affrontement abstrait entre « censeurs » et « défenseurs de la liberté d’opinion ».

En offrant une tribune aux assassins de l’histoire, la maison d’éditions Max Milo accepte d’ajouter sa part de désespoir dans le cœur et les esprits blessés de celles et ceux qui, quoique rescapé-es, portent le fardeau du souvenir et de la douleur.

Nous lui demandons d’y renoncer.

Paris, le 8 Août 2020

Angélique U. Ingabire

Présidente de la Communauté Rwandaise de France

 Etienne Nsanzimana

Président d’Ibuka France

En même temps, nous avons lancé une pétition. Lutter contre le négationnisme, c’est notre devoir envers les victimes ! Signons et faisons signer cette pétition en suivant le lien http://chng.it/ssLMgZD4

L’épuisant destin des gardiens de la mémoire

par Marie Yolande Ngulinzira – Zaha Boo, dans Devoir de mémoire

Être gardien de la mémoire, c’est choisir un destin hors du commun.

Peut-être même qu’en fin de compte, c’est être choisi par ce destin.

Être gardien de la mémoire, c’est porter le poids de l’histoire de l’humanité sur ses épaules, en plus de celui de sa propre vie. C’est dénoncer l’injustice, alors qu’on sait qu’il est trop tard pour ceux qu’elle a emportés. C’est quand même le faire pour exiger des hommes de s’engager à construire un avenir meilleur.

Être gardien de la mémoire, c’est accepter de parler d’une histoire que le certains voudraient taboue, pour le confort de leur culpabilité inavouée. C’est s’indigner de ce qui a été fait sans que personne ne s’en indigne, réveiller les consciences de ceux qui ont été indifférents, pour que demain soit un jour différent.

Être gardien de la mémoire, c’est déterrer les os de ceux qui ont été enterrés dans l’indignité, la terre crue et les insultes, pour pouvoir les enterrer avec honneur et respect. Silence.

Être gardien de la mémoire, c’est être assis durant des heures dans une salle de la justice des hommes. C’est s’y rendre année après année, et de se réjouir à chaque fois qu’une justice, aussi symbolique soit-elle puisse être rendue à ceux que l’on ne peut rendre les leurs. C’est apprendre à accepter cette moindre des choses, sachant pertinemment qu’elle ne sera jamais mesurée par rapport aux crimes des coupables.

Être gardien de la mémoire, c’est être confronté à sa propre histoire et à sa propre identité, briser ses propres chaînes, celles de la peur et des angoisses laissées par un génocide qui veut toujours faire taire ses survivants et ses dénonciateurs.

Être gardien de mémoire c’est l’histoire d’une conviction et d’un investissement personnel. C’est l’histoire de longues nuits passés tentant de trouver l’équilibre, et la brèche qu’il faut pour que les enfants de demain apprennent à vivre et l’indignation nécessaire contre ceux qui veulent trafiquer l’histoire pour soulager leurs propres consciences. Là où d’autres marchent, ont le privilège de gérer ou d’embrasser leur histoire à leur guise, les gardiens de la mémoire ont peu de répit. Ils sont ceux dont les années n’ont pas de congés, pas de weekends, pas jours ouvrables ni jours fériés.

Être gardien de la mémoire, c’est accepter de se tenir devant une assemblée, de montrer les traces des poignards que l’histoire vous a laissé, malgré les intimidations et les douleurs ravivées. 

Les gardiens de la mémoire sont des êtres hors du commun. On pense certains extrémistes, d’autres politisés, d’autres un peu dérangés, on les juge. Les nouvelles générations ne les comprennent pas toujours, elles disent qu’ils ne racontent que des histoires horribles. D’autres les méprisent. Certains les attaquent ou les estiment d’être prisonniers du passé, alors qu’ils tentent tant bien que mal d’être des libérateurs d’un meilleur avenir. Mais de tous ceux-là, qui jugent et critiquent, personne ne se propose de prendre la relève. Et de faire mieux les choses. D’enfiler leurs chaussures, de prendre leurs armures, d’arborer leur destin, que l’on ne pourrait appeler beau, mais qui est certainement noble et épuisant.

On les méprise comme s’ils étaient les éboueurs du temps. On les juge au lieu de juger l’histoire. C’est l’histoire qui est moche. Silence.

Au bout du compte, sans se l’avouer, chacun a déjà été porté par l’écho de leur voix, impressionné par leur force d’esprit, interrogé par leur insistance et leur persévérance. On les veut sans zèle pour exposer une histoire d’un génocide qui n’a eu que des excès, ceux de la haine et du sang. On les veut sans barbarie face parfois à des mots négationnistes qui semblent doux, mais qui sont d’un cynisme nauséabond. Ils sont les gardiens d’une histoire bousculée par toutes sortes de théories négationnistes, de celles du complot à celle où l’on inverse des rôles, les victimes deviennent bourreaux, des victimes disparues, où il n’y a que des méchants contre des méchants, comme si l’histoire aussi sordide soit-elle, ou peut-être même un simple dictionnaire, puisse être capable de ne faire que des bourreaux sans victimes.

Avant de leur jeter la pierre ou l’éponge, assurez-vous que vous n’ayez pas d’intérêt à les faire taire. Par exemple, pour entretenir le déni de ce qui vous dépasse, ou de ce qui pourrait faire une cassure dans votre génération ou dans l’histoire des coupables de vos propres familles.

Le pire qui pourrait leur arriver, est peut-être le meilleur dans un sens. Le pire est celui d’être accusés à leur tour, d’entretenir ce qu’ils empêchent de recommencer, à savoir la haine, d’étouffer les cris de ceux dont ils gardent une histoire qui se veut la plus transparente possible. Le meilleur car une occasion certaine et motivante de leur conforter dans leur épuisant destin: qu’être de gardien de la mémoire, ce n’est pas choisir d’être aimé ou d’être compris. Il y aurait certainement d’autres choix de vie plus lucratifs et onéreux. C’est plutôt de raconter l’histoire telle qu’elle s’est passée et sans tabou afin de ne plus la recommencer.

Pour plus d’informations sur le Blog de Zaha Boo (Marie Yolande Ngulinzira), cliquez sur le lien: https://zahaboo.blog/

Un livre vient de paraître: Rwanda 1994-Paroles des rescapés

Témoignages du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda

« Cela fait plus d’un quart de siècle. À l’occasion de la 26ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis, dix rescapés se souviennent. Neuf femmes et un homme racontent ce qu’ils ont vécu en 1994 au Rwanda. Cette année-là, certains d’entre eux n’étaient encore que des enfants. Aujourd’hui, ils ont préféré quitter leur pays, car tout leur rappelait l’horreur d’un pays meurtri dans sa chair. Unis dans leur combat, ils sont tous membres de l’association Association Tubeho Family qui a pour objet de permettre aux rescapés vivant en France de sortir de leur isolement social et psychologique, de se souvenir et de se reconstruire. Même si les blessures ont laissé des cicatrices profondes, jour après jour, souffle après souffle, la vie reprend sa place. Les génocidaires n’auront pas le dernier mot ! »

Pour plus d’informations et commande du livre: https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=66225

ou sur Amazon: https://www.amazon.fr/Rwanda-1994-Paroles-rescapés-Témoignages/dp/2343195145/ref=sr_1_3?__mk_fr_FR=ÅMÅŽÕÑ&dchild=1&keywords=paroles+des+rescapés&qid=1593533450&s=books&sr=1-3

ou directement sur le site Tubeho Family: http://www.tubeho-family.com

« Une victoire pour le droit… et pour l’Histoire »[1]

Le Conseil d’Etat vient d’autoriser François Graner, membre de l’association Survie, à consulter les archives de l’Élysée relatives au Rwanda entre 1990 et 1995

Dans un arrêt rendu le 12 juin 2020 dans sa formation la plus solennelle[2], le Conseil d’Etat a autorisé le chercheur François Graner, membre de l’association Survie et co-auteur du « Dossier noir » L’Etat français et le génocide des Tutsis au Rwanda (édition Agone-Survie, février 2020), à consulter de manière anticipée les archives publiques constituées de notes, comptes rendus, télégrammes diplomatiques, lettres reçues ou envoyées par le président de la République, discours officiels, coupures de presse, relatifs notamment à la politique étrangère et militaire de la France au Rwanda au cours des années 1990 à 1995. S’y trouvent en particulier des prises de position personnelles du président François Mitterrand, de ministres en exercice, de hauts fonctionnaires français et de personnalités françaises et étrangères

Rappel du cadre juridique 

Afin d’inciter les responsables politiques à opérer un versement de l’intégralité de leurs archives, des « protocoles de remises » ont été mis en place en dehors de tout cadre législatif au début des années 1980. Ces protocoles permettaient au président de la République de conserver la maîtrise totale de l’accès aux documents versés pendant un délai de 60 ans. Aucun de ces documents ne pouvait ainsi être divulgué à des tiers sans son accord exprès ou celui du mandataire qu’il avait désigné. Par une loi du 15 juillet 2008, le législateur a entendu conférer une base légale à cette pratique : il a ainsi reconnu la validité des protocoles déjà en vigueur, en précisant seulement que « les clauses de ces protocoles relatives au mandataire désigné par l’autorité signataire cessent d’être applicables vingt-cinq ans après le décès du signataire ».

Procédure suivie par François Graner

En juillet 2015 puis juillet 2016, François Graner a demandé aux Archives nationales la communication anticipée de documents issus des archives de la présidence de François Mitterrand, dont certains avaient fait l’objet d’une déclassification intervenue le 7 avril 2015.  Conformément à la procédure, les Archives nationales ont alors saisi de ces demandes la mandataire des archives du Président Mitterrand, qui a opposé des refus partiels à François Graner[3]. En conséquence, François Graner a été contraint d’entamer un long bras de fer contentieux qui l’a emmené devant les plus hautes juridictions. 

Le détail de la procédure suivie par François Graner est consultable ICI

Position du Conseil d’Etat

Dans sa décision du 12 juin 2020 précitée, le Conseil d’Etat a rappelé que l’intérêt du demandeur en la matière repose sur le droit des citoyens de demander compte à tout agent public (Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, art. 15) et sur la liberté de recevoir et de communiquer des informations (Convention européenne des droits de l’homme, art. 10). Cet intérêt légitime s’apprécie au vu de la démarche qu’il entreprend et du but poursuivi, de la nature des documents sollicités et des informations qu’ils comportent. Il est tenu compte de l’écoulement du temps, mais aussi, le cas échéant, du fait que les documents ont déjà été consultés par anticipation ou rendus publics. En l’espèce, après avoir mis en balance les intérêts en présence, le Conseil d’Etat a estimé qu’« il apparaît, à la date de la présente décision, que l’intérêt légitime du demandeur est de nature à justifier, sans que soit portée une atteinte excessive aux intérêts que la loi a entendu protéger, l’accès aux archives litigieuses ». Il s’ensuit que les différents refus qui ont été opposés aux demandes de François Graner sont entachés d’illégalité.

Faut-il attendre des révélations dans ces archives ? 

Comme l’a résumé François Graner dans une récente interview, « Je n’attends pas de révélations explosives, ce qui est avéré est déjà explosif. Mais plutôt des confirmations ou des nuances sur la manière dont les décideurs ont pris le parti des génocidaires ». Il faut également tenir compte du fait que certaines décisions n’ont jamais été écrites, que des archives n’ont jamais été versées, que d’autres sont toujours classifiées dans d’autres fonds que les Archives nationales et qu’il y a pu avoir des destructions d’archives.

Par Aymeric Givord, responsable de la Commission « Justice et Lutte contre le négationnisme » au sein de l’association Ibuka-France.


[1]  Phrase prononcée le 12 juin 2020 par Maître Spinosi, avocat de François Graner devant la Haute juridiction administrative.

[ 2] Décision consultable sur le site du Conseil d’Etat à l’adresse suivante : https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/le-conseil-d-etat-autorise-un-chercheur-a-consulter-les-archives-du-president-mitterrand-sur-le-rwanda

[3] Le ministère de la Culture (dont dépendent les Archives nationales) n’a eu d’autres choix que de rendre des décisions conformes à ces avis.


Solidarité pour une rescapée du génocide contre les Tutsi au Rwanda

Une campagne de levée des fonds pour rebâtir une maison des parents décimés d’une rescapée afin de reconstruire son identité 

Pendant le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994, les tueurs n’ont pas seulement tué les Tutsi, ils ont aussi effacé toutes les traces pouvant rappeler leurs existences sur cette terre. Ils ont donc détruit les maisons des Tutsi, coupé et déraciné leurs arbres, tué et mangé leurs vaches et autre petit bétail,  brûlé leurs photos, etc… les rescapé-es ont eu beaucoup de mal à se repérer dans l’espace. 

Cette année à cause du confinement dû à la pandémie sanitaire, les commémorations du génocide commis contre les Tutsi au Rwanda en 1994 n’ont pas pu être organisées comme d’habitude, tout s’est fait par les réseaux sociaux et paradoxalement, les gens ont pu se rapprocher et commémorer avec les survivants des collines d’origine. Cela a permis entre autres de se rendre compte de certains problèmes et a suscité ici et là des élans de solidarité avec les plus vulnérables parmi les rescapés.

Ainsi, le groupe de rescapés de Tumba et Cyarwa, au Sud du Rwanda, a identifié une jeune fille rescapée qui, depuis 26 ans, vit en contemplant les ruines de la maison de ses parents décimés pendant le génocide. Faute de moyens, elle craint aujourd’hui de voir disparaître le dernier symbole des racines de sa personne. Cette maison est son unique héritage. Elle constitue le dernier fil qui la rattache à ses parents. Elle est le berceau de ses émotions les plus vitales : la joie, les rires et les larmes, la peur, la souffrance, la peine, le repos, l’apaisement, la communion… 

Elle n’en a pas fait la demande, mais ceux qui la connaissent savent qu’elle vit dans l’angoisse de trahir ses parents en laissant dépérir ce qu’ils ont créé pour donner l’intimité à l’amour, à la vie, la chaleur que son épanouissement requiert. Depuis 26 ans, célibataire, elle a eu en charge jusqu’à ce jour, quelques membres de sa famille très fragiles rescapé-es du génocide. Une très grande responsabilité qui l’a mûrie avant l’âge.

Pouvons-nous l’aider ? Pour refaire ce toit familial, les spécialistes du bâtiment évaluent le projet avec un devis estimatif de 12560€, mais à défaut de réunir une somme aussi considérable, nous pouvons, par des contributions à la mesure des moyens de chacun, montrer à cette rescapée ce qu’il est possible d’espérer, qu’elle n’est pas seule et que l’amour du prochain existe. Notre initiative sera une base de référence pour imaginer un projet plus adapté. 

C’est à cela que vous appelle la Cellule Locale d’Ibuka-France du Montargois.

Si vous décidez de nous soutenir dans la mise en place de ce projet, croyez que vous pourrez le suivre dans toutes ses étapes jusqu’à son achèvement. Ce sera notre œuvre collective.

Habituellement, nos activités annuelles nous permettent le financement de plusieurs actions ou des projets d’aide menés sur plusieurs années mais cette année à cause de la pandémie du Covid-19, toutes les activités ont été annulées. Nous ne pourrons donc pas participer à cette action solidaire sans votre aide. Peu importe le montant de votre contribution, chacun participe comme il le peut. On dit que l’union fait la force ! Nous sommes convaincu-es qu’ensemble nous arriverons à redonner de l’espoir à cette rescapée qui au bout de 26 ans n’a toujours pas pu matérialiser l’existence des êtres qui lui étaient si chers. 

Une cagnotte est déjà en cours entre les rescapé-es au Rwanda. Ils ont décidé d’un commun accord de porter ce projet, de le suivre jusqu’à son aboutissement. C’est donc une action conjointement menée avec eux. C’est un atout majeur d’avoir des partenaires fiables et motivés sur place. C’est à leur projet que nous participons.

Votre participation vous donnera droit à la déduction fiscale. N’hésitez donc pas à nous envoyer votre adresse e-mail renseignée pour qu’on vous retourne le formulaire rempli. 

Pour participer à cette aventure humaine, vous avez trois modes de paiement :

1- Par votre chèque à l’ordre de « Cellule Locale d’Ibuka-France du Montargois » et l’envoyer à l’adresse suivante et en précisant comme motif « action solidaire pour une rescapée de 1994 au Rwanda »

Adresse : Cellule Locale d’Ibuka-France du Montargois

                  Maison des Associations

                  32 rue Claude Débussy

                  45120 Chalette-sur-Loing

2- Ou par virement bancaire IBAN : FR84 3000 2076 3500 0007 3033 G95 BIC CRLYFRPP

3- Ou en ligne avec la  plateforme d’Ibuka France, HelloAsso  avec le lien : https://www.helloasso.com/associations/ibuka%20france/collectes/solidarite-pour-une-rescapee-du-genocide-contre-les-tutsi-au-rwanda

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Merci infiniment pour elle ! 

Présidente de la Cellule, 

Espérance Patureau