Adieu à Alphonse Rusake

Né le 3 avril 1977 à Kigali, Alphonse Rusake nous a quittés le 14 septembre 2019 à Paris. La cérémonie d’Adieu a été organisée aux PFI (Pompes Funèbres Intercommunales) à Grenoble, sa ville de résidence où ses enfants et leur maman vivent.  Une centaine des personnes essentiellement de la Diaspora rwandaise (de Grenoble et les environs, de Lyon, de Paris, de Suisse, et d’ailleurs étaient venues soutenir la famille proche, la sœur, les enfants et leur maman et accompagner Alphonse. Des mots d’Adieu ont été lus dans une atmosphère émouvante comme la lecture d’un poème de sa fille Malia de 12 ans (le 19 octobre !), le témoignage de Dorothée sa sœur venue du Rwanda et rescapée du génocide des Tutsi. Pour elle, Alphonse était, non seulement son petit-frère, mais son TOUT : ami, confident, soutien de tous les jours. Par ses relations, il a su créer une grande famille en France qui est « Vous tous présents ici » qu’il lui a laissée comme un héritage. Ensuite, la lecture mot du Président d’Ibuka France, Marcel Kabanda, partagé ci-dessous : 

« Cher Alphonse, c’est d’abord à toi que je veux m’adresser. Je commençais à faire ta connaissance et tu fais un pas de côté. Tu prends un autre chemin. Tu vas vers un pays que nous ne connaissons pas mais qui est habité par des femmes et des hommes dont nous connaissons parfaitement les visages, des êtres qui nous sont chers, dont tes propres sœurs, tes frères, et tes parents. Dans ce voyage, je te confie à eux et à Dieu. Mais tu avais encore des choses à nous dire car tu parlais peu, évitant de trop de te mêler à nos discussions, d’ajouter des idées à d’autre idées, mais pressé d’y ajouter de l’action pour que tout se passe bien et que les choses avancent. Ce n’est pas qu’il manquait d’idées ou de courage de les dire. Ceux qui étaient avec toi dans une Assemblée générale d’Ibuka France tenue il y a quelques années à Niort se souviennent d’un homme avec de fortes positions, capable de les exprimer clairement et sans crainte. Mais je ne devrais pas me plaindre, je suis en tout cas, ni le seul, ni le premier. Je pense à tes enfants, tes deux adorables filles. L’aîné fête ses douze ans dans une semaine. Son papa va lui manquer. Pour ces enfants, je vais demander à Ibuka France, ne pas remplacer le père, car ça ne se fait pas, mais de les accompagner de très près dans leur travail de deuil, de mémoire et de construction personnelle. J’ai aussi une pensée forte pour ta sœur, Dorothée. Elle a fait preuve d’une admirable dignité, mais d’elle, de nouveau quelque chose se détache, une partie de sa chair s’arrache, élargissant la blessure jamais refermée du génocide des Tutsi.

Alphonse était membre et fils d’Ibuka France. En retour, à toute sa famille, j’exprime au nom de tous, notre sympathie. Qu’elle soit assurée de notre compassion et de notre soutien dans l’épreuve qu’elle traverse. Oui Alphonse est fils d’Ibuka France car il est un rescapé du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 au Rwanda. Il a croisé la mort. Il a gardé de cette rencontre des blessures au cœur et au corps, invisibles et visibles, qui ne laissent aucun doute sur la détermination de ses assassins et l’intensité du choc. Mais le plus étrange, ce qui forge davantage notre respect, c’est que le survivant des coups de machettes n’a pas succombé à la haine qui animait le bras des meurtriers. Alphonse était, tout le monde est d’accord sur ce point, un modèle d’ouverture, une incarnation de l’esprit de liberté. Merci Rusake pour cet héritage ! Je l’appelle ici par son nom dans l’espoir de racheter une dette : dans mes contacts téléphoniques, je l’appelais UBR ! La faute avouée est à moitié pardonnée, dit-on » ! Marcel Kabanda 

Un mot d’Adieu de la part de Ildephonse Ngaruye, présent à la cérémonie, nommé Tonton par la jeune génération mais, pour Alphonse, il était son Grand Frère de substitution car son grand frère Ildephonse, ainé de la famille, a été tué pendant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Pour terminer, avec beaucoup d’émotions, Ildephonse a terminé par « Pars, petit-frère, pour rejoindre ton grand-frère au ciel et Imana ikwakire neza mu Bayo ». Également le mot d’Adieu de Louis Bagilishya dont le contenu est reproduit ci-après :

« Mon Cher Alphonse,
Je garde de toi ton énergie communicative, ta générosité, ton amour du Rwanda, ton humour, ta dignité.  Nakubonyemo Imfura !
Hier matin, avec Pierrot Rugina, le président de la Communauté rwandaise de France, j’ai eu l’honneur de te porter jusqu’à la voiture qui te mena de Paris à Grenoble.  J’ai la douleur de l’aîné qui voit partir un jeune frère.
Oui, tu es très aimé par toutes celles et tous ceux qui t’ont connu mon Cher Alphonse. 
Je renouvelle mes condoléances à ta soeur Dorothée et à toute ta famille.
J’exprime mon affection à tes filles dont tu es si fier ; et tu as bien raison !
Je t’embrasse »   Louis Bagilishya 

Après l’inhumation au cimetière Grand Sablon, tous les amis se sont retrouvés autour la famille éprouvée pour une cérémonie de « Gukaraba ». Autour d’un verre d’amitié, et un micro, l’appel des messages d’amitiés à l’égard de Rusake a été lancé :  tour à tour, comment chacun l’a connu, ce qu’il a fait dans sa vie, ses projets, ses envies, etc

Vient de paraître: Les lignes de nos mains, nouveau livre de Diogène Nshunguyinka

Parmi les livres des auteurs rwandais, qui viennent de paraître, en cet été 2019, il y a celui de Diogène Nshunguyinka qui, après avoir témoigné dans un premier ouvrage « Derrière les barreaux de ma mémoire » paru en 2011, est de retour avec un second récit, intitulé « Les lignes de nos mains ». Comme à la parution du premier livre, le journal rwandais « Igihe », par le biais de son journaliste Aimable Karirima, basé en Belgique, s´en est fait l’écho. Et c’est en ces termes: 

Avec une écriture très personnelle, remarquable de singularité et de simplicité, l’auteur nous invite dans son enfance au sein d´une famille unie par des valeurs fortes, redonnant une vie à celles et ceux d´entre les siens qui la perdirent dramatiquement, durant le génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda, en 1994. 

Dans le décor et les atmosphères du pays des mille collines, il nous fait traverser cette enfance insouciante, nous entraînant jusqu’aux abysses d’une humanité basculée dans l’horreur absolue.

Le titre l’annonce, Les Lignes de nos mains, ça nous parle du sort qui frappe, emportant les uns, laissant les autres avec cette question sans réponse : Pourquoi eux ? Et pas moi ?  Le livre est d’ores et déjà disponible, dans la version papier et numérique, sur plusieurs sites internet, notamment sur celui des Éditions Harmattan, qui est son éditeur, et qui permet aux lecteurs de lire, en ligne, les vingt premières pages : ICI

Pour en savoir plus, visitez la page face book de l’auteur Diogène Nshunguyinka : ICI


Hommage à Sharon Courtoux décédée le 26 juillet 2019

Ibuka France a la profonde douleur d’annoncer à ses membres et à ses amis que notre grande amie, Sharon Courtoux, nous a été enlevée ce matin.  Après une journée de grande chaleur, le temps commençait à se rafraichir. C’est tout en douceur qu’elle s’est éteinte. A sa famille, nous adressons nos condoléances les plus attristées et lui assurons de notre sympathie.

Les plus jeunes d’entre nous ne connaissent pas Sharon. Les moins jeunes l’ont vue et entendue à l’ouverture des cérémonies du souvenir le 7 avril dans les locaux de Médecins du Monde, jusqu’au jour où elle a été contrainte à l’immobilité. Ils ont lu ses chroniques publiées dans un Bulletin d’information de l’Association Survie, Billet d’Afrique. Passionnée pour l’Afrique et très préoccupée des relations franco-africaines qu’elle voulait saines et justes, Sharon Courtoux a été horrifiée de constater que Paris avait entretenu des relations avec un gouvernement qui à Kigali, pratiquait le racisme en préparant un génocide. Aux côtés de feu François Xavier Verschave, elle a été la cheville ouvrière de l’enquête citoyenne conduite en 2004 et dont le résultat a été publié dans un rapport publié par les Editions Karthala sous un titre sans ambiguïté sur la hauteur de l’indignation : L’horreur qui nous prend au visage. Celles et ceux qui ont côtoyé Sharon pourront en témoigner : elle a consacré les 20 dernières années de sa vie active en solidarité et en communion avec les rescapés du génocide des Tutsi, au point de ne pas pouvoir aller en vacances !

Nous pleurons une disparition. Mais en même temps, nous rendons hommage à une grande figure de l’humanisme et de l’engagement pour la vérité, la justice et la dignité des plus fragiles. Heureux sont les proches et la famille qui ont accompagné une personnalité aussi exceptionnelle. Aux condoléances que nous leur adressons, nous joignons une profonde gratitude.

Délégations pour la mémoire des victimes du génocide des Tutsi à Kigali

Les délégations de la Mairie de Paris et du Mémorial de la Shoah accompagnées par Ibuka France se sont rendues au Rwanda du 2 au 5 juin 2019 . Ibuka France a été l’interface entre ces deux délégations d’une part, et le Rwanda d’autre part. 

Ibuka France avait pris les contacts nécessaires avec la CNLG (Commission Nationale de Lutte contre le Génocide), le Mémorial de Gisozi, Ibuka Rwanda et le Mémorial de Ntarama pour préparer et organiser les rencontres et les visites. 

La Mairie de Paris et le Mémorial de la Shoah avaient deux objectifs spécifiques distincts dans leur matérialité mais parfaitement bien articulés sur le fond. Le déplacement de la Maire de Paris à Kigali était justifié par la décision de Mme Anne Hidalgo, d’organiser dans la capitale rwandaise la réunion du bureau des Maires francophones en préparation de l’assemblée générale que cette institution tiendra à Phnom Penh au Cambodge en décembre prochain. 

Le but du voyage du Mémorial de la Shoah était de signer des accords de coopération en matière d’archivage et d’échange d’archives avec la CNLG, Ibuka Rwanda et une association présidée par une rescapée que nous connaissons bien, Emilienne Mukansoro. Un point de convergence reliait les deux objectifs : la mémoire.

Un thème figurait à l’ordre du jour de la réunion du Bureau de l’AIMF (Association Internationale des Maires Francophones) : Mémoire et résilience. Il a été discuté en fin de matinée le lundi 3 juin. Ibuka France a été invité à animer les échanges. Concrètement, le Président d’Ibuka France a ouvert la session par le partage de son expérience en France. En particulier, il a témoigné devant les Maires, de sa collaboration avec la Mairie de Paris pour la promotion de la mémoire du génocide des Tutsi du Rwanda. Il a conclu en demandant aux élus de promouvoir un nouvel humanisme fait du respect de la dignité humaine, du devoir de compassion.

Jeanne Allaire, membre du Conseil d’Administration d’Ibuka France et rescapée a pris la parole au nom de tous les rescapés, pour remercier la Maire de Paris d’avoir pris en compte leur demande de considération. Parmi les participants, il y a la présence des Maires de Paris, de Kigali, Ouagadougou, Dakar, Nouakchott… Tous ont soutenu l’idée que la protection de l’humanité était au fondement de l’appel à protéger la planète. Ce débat sera repris à l’assemblée générale de décembre à Phnom Penh, avec l’intention de créer au sein de cette association un réseau sur la mémoire.

Dans l’après midi du 3 juin, la délégation des Maires a croisé celle du Mémorial de la Shoah à Gisozi pour rendre hommage aux victimes du génocide des Tutsi. Ensemble, ils ont procédé à la cérémonie de dépôt de gerbe de fleurs.  Puis, après la visite du Musée, le Directeur du Mémorial de la Shoah et le Secrétaire exécutif de la CNLG ont procédé, dans une salle du Mémorial de Gisozi et devant les deux Maires de Paris et de Kigali, à la signature de leur convention sur la communication des archives. 

Dans la matinée du mardi 4 juin, les deux délégations se sont de nouveau retrouvées à Nyanza. A la demande d’Ibuka France et en accord avec Ibuka Rwanda, la visite de ce site a été marquée par le témoignage de Mme Spéciose Kanyabugoyi. Rescapée de l’ETO, Mme Kanyabugoyi était la mieux placée pour dire l’importance du site de Nyanza, lieu emblématique de l’intolérable laisser faire de l’ONU en 1994 ! De sa voix douce et pleine d’émotion, assise sur une chaise posée dans une allée entre les tombes, devant un auditoire en demi – cercle, elle a raconté l’histoire de l’espoir assassiné, le passage de la foi à la désillusion, de la protection à l’abandon, du basculement d’un monde d’ordre sécurisé par les soldats de l’ONU au chaos régi par des bandes de tueurs sadiques et sans pitié, armées par un Etat devenu criminel.

Après ce témoignage, toutes les délégations se sont rendues dans la grande salle d’Ibuka Rwanda pour la signature de la convention entre Jaques Fredj (pour le Mémorial de la Shoah) et Jean Pierre Dusingizemungu (pour Ibuka Rwanda). Dans cette séquence, Ibuka France est sortie du décor pour occuper une place un peu plus au centre. 

Enfin, dans son discours, un très bon discours, le président d’Ibuka Rwanda a souligné le rôle d’Ibuka France dans la mobilisation d’acteurs français dans le travail de la mémoire. A travers ce discours, le Président Ibuka Rwanda a révélé un grand plan pour le site de Nyanza. Ce site héberge aujourd’hui 96 000 corps. Il a accueilli les 84 000 corps venus récemment de Kabuga. Il illustre parfaitement bien la faillite de la Communauté internationale. Il est sur la route qui bientôt reliera l’aéroport international du Bugesera et la ville de Kigali.  Il n’est pas impossible que dans un proche avenir, Nyanza supplante Gisozi !

A l’issue de la visite de Nyanza, Mme Anne Hidalgo et Mr Jacques Fredj ont été invités à planter chacun un arbre, umunyinya, arbre symbole du dialogue dans le Jardin de la mémoire, une version enrichie et nettement améliorée du projet de Bruce Clarke ! Umunyinya est le second arbre des trois espèces qui seront plantées dans ce jardin. Le premier a été planté par la First Lady. 

De Nyanza, toutes les délégations sont allées directement à Ntarama (Nyamata). Jean Damascène nous avait rejoints à Nyanza. Il a présidé la visite de Ntarama. Un guide a fait l’historique du Bugesera et de Ntarama. Puis les visiteurs ont parcouru l’église, la sacristie, la cuisine et l’école du dimanche, ainsi que le caveau où sont aujourd’hui superposés les cercueils dans lesquels sont déposés les corps jadis entremêlés sur les bancs de l’église. Le visage de tous affichait un total ébranlement. Ce n’était pas une visite de trop ! Il fallait qu’ils sortent, ne serait-ce qu’un petit peu, de la ville de Kigali.

Une autre bonne nouvelle : le Maire de Strasbourg faisait partie du voyage. Dès notre rencontre à la descente de l’avion à Kigali, il a découvert qu’il y a des rescapés sur son territoire. A l’occasion de la session sur Mémoire et résilience, il a compris que d’autres Maires avaient déjà créé de lieux de mémoire. Avant la fin de sa seconde journée au Rwanda, il a promis de faire quelque chose à Strasbourg.

Enfin, les différentes délégations ont ramené de leur voyage une impression positive du pays, à cause des réalisations qu’ils ont vues et de la chaleur de l’accueil qui leur a été réservé.

Pour aller plus loin sur ce voyage, quelques médias en ont parlé:

  • En ce qui concerne la Mairie de Paris : 

Sur le compte Tweet de la Maire de Paris https://twitter.com/Anne_Hidalgo et la Maire de @CityofKigali du 5 juin 2019 :

« Nous avons signé un accord de coopération pour que nos deux capitales apprennent l’une de l’autre, sur des sujets comme la participation citoyenne, les nouvelles technologies, la protection de l’environnement et bien entendu la mémoire».

  • Selon le  journal ActuDaily, toute l’actualité de l’Afrique, Le Mémorial s’est engagé sur trois volets: dans la poursuite des criminels, la lutte contre le négationnisme et dans la recherche sur le génocide des Tutsi.

 

Rencontre d’Ibuka France et le Président de la République

Le 5 avril 2019, Ibuka France a rencontré le Président la République et lui a soumis un certain nombre d’axes d’actions qui lui paraissaient essentiels.

  • Pacifier les esprits : depuis 25 ans, l’évocation du génocide des Tutsi soulève la question de la nature de l’action de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. A cette question, les différents gouvernements n’ont pas réussi à donner une réponse claire et complète. La tentative de clarification initiée par la Mission Quilès en 1998 a fait long feu. Le couvercle a été vite refermé. Le rapport de la Mission est aujourd’hui quasiment oublié. Le résultat est un malaise alimenté par de successives révélations et entretenu par le refus d’ouvrir les archives aux chercheurs. Dans ces conditions, la mémoire du génocide des Tutsi apparaît en France comme un objet qui divise et qu’on ne peut, sans le préalable d’un examen transparent de la politique qui a été conduite pendant ces années au Rwanda, faire entrer « dans notre mémoire collective ». Pour cela, une totale et complète déclassification de toutes les archives est indispensable.
  • La mémoire a besoin d’un espace d’incarnation, un lieu, une maison de la mémoire, un endroit où on peut trouver des traces matérielles, rencontrer des personnes qui en sont dépositaires ou gardiens. Ibuka France, l’acteur principal de la mémoire du génocide n’a d’autre adresse que la boîte aux lettres de la Maison des Associations de la Mairie du 2è arrondissement de Paris. En complément des 7 plaques et stèles érigées sur nombre de territoires des collectivités locales, il manque, pour donner au génocide perpétré contre les Tutsi une place dans la mémoire collective, un monument à l’échelle nationale, un centre de documentation, une date officielle de commémoration.
  • L’inscription d’un fait de l’histoire dans la mémoire collective implique la transmission. Mais s’il est vrai que celle-ci est une fonction de l’école, elle ne peut se faire sans le concours des témoins. Le nombre de sollicitations que nous recevons de la part des collèges et des lycées est bien la preuve de l’intérêt que les équipes pédagogiques attachent au témoignage lorsqu’elles envisagent l’éducation à la citoyenneté et au vivre ensemble. Les rescapés du génocide des Tutsi qui vivent en France sont-ils en état de rendre ce service à la société ? Ils-elles portent des cicatrices visibles et invisibles peu ou mal soignées. Ils n’ont pas un endroit où ils-elles peuvent venir se reposer, dialoguer, déposer leur parole. Ils-elles ont besoin d’un soutien que notre association ne peut leur offrir faute de moyens.
  • La justice : nombre de personnes rwandaises sur lesquelles pèsent des soupçons de complicité dans le génocide des Tutsi ont trouvé refuge en France. Le premier jugement est intervenu en 2014. A ce jour, deux procès impliquant trois personnes ont été tenus. L’accueil sans examen de ces personnes, le retard et la lenteur de la justice interrogent sur l’attention que nos institutions portent à ce qui s’est passé au Rwanda entre avril et juillet 1994. Un génocide n’est pas un vol à l’étalage. C’est un crime contre l’humanité. On ne peut inscrire dans la mémoire nationale ce qu’on méprise dans la pratique. Nous appelons à des mesures indispensables pour accélérer les procédures judiciaires.
  • Enfin, le langage. Les mots sont importants. Or, nous entendons souvent parler du génocide rwandais, d’un génocide au Rwanda. Qui a peur de nommer la victime ? Par ailleurs entendons ou lisons que le gouvernement de Habyarimana était majoritaire et démocratique. L’argument sonne comme un aveu. Il révèle un aveuglement face à la politique raciste d’un homme qui prétendait incarner le pouvoir hutu issu de la révolution sociale et qui pratiquait officiellement la discrimination des Tutsi dans tous les domaines de la vie nationale. La bonne conscience frôle les limites de l’intolérable lorsque certains déclarent sans sourciller qu’ils le referaient si c’était à refaire. Il n’y aura pas de parole claire et forte sur le génocide des Tutsi s’il n’y a pas reconnaissance de sa dimension raciale. A l’occasion de la 25èmecommémoration, nous attendons du Président de la République qu’il prononce une parole qui sorte du flou jusqu’ici entretenu au sommet de l’Etat sur le génocide perpétré contre les Tutsi.La mise à distance et le louvoiement par les autres, l’affichage de la bonne conscience par d’autres d’avoir soutenu un régime raciste, sont une porte ouverte à la a banalisation et le déni. C’est le doute et non le génocide des Tutsi qu’ils inscrivent dans la mémoire collective.

A l’issue de cette rencontre, l’Élysée a fait deux communiqués diffusés sur son site:

celui du 5 avril : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/04/05/25e-commemoration-du-genocide-contre-les-tutsi-au-rwanda 

celui du 7 avril: https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2019/04/07/une-journee-de-commemoration-du-genocide-des-tutsi

Le 13 Mai 2019, un décret consacre désormais en France la date annuelle du 7 avril comme une date officielle de la commémoration du génocide des Tutsi .

Invitation à la 25ème commémoration à Cluny le 18 Mai 2019

Dans le cadre de la célébration de la vingt-cinquième commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda, l’Association Ibuka France a le plaisir de vous inviter à participer à la cérémonie qu’elle organise avec la Mairie de Cluny (Saône et Loire), à Cluny le 18 mai 2019 de 14h à 23h en hommage aux victimes.

La ville de Cluny a été la première collectivité française à rendre hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda en érigeant, le 9 avril 2011, une stèle en leur mémoire sur son territoire.

Nous souhaitons donner à cette cérémonie le cachet de l’apaisement des mémoires pour la plus grande dignité des victimes et pour donner l’espérance aux générations du futur.

Le génocide des Tutsi est une tragédie de l’histoire universelle. La commémoration est aussi un moment pour proclamer solennellement la dignité de la personne humaine et dire non au mépris et à la haine de l’être humain.

Nous comptons sur votre présence pour que notre voix soit plus forte.

Vous trouverez  ci-joint le programme de la journée

Pour organiser la logistique, prière de vous s’inscrire à contact@ibuka-france.org

La date limite d’inscription est fixée au 11 mai 2019 à 12h00

25ème commémoration à Chalette le 14 avril 2019

Dans le cadre de la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi, les membres d’Ibuka France venus de Paris, ceux de la Cellule locale de Chalette sur Loing, et d’autres villes, se sont rassemblés au Square Chevtchenko, Rue de la Folie à Vésines le 14 avril 2019, autour du monument dédié aux victimes et inauguré en 2014, en présence de Franck Demaumont, Maire de Chalette, et de Mme Hélène Mouchard-Zay, Présidente du Cercil. 

Retrouvez l’allocution du Maire de Chalette sur Loing, Franck Demaumont

« Il y a 25 ans » , Commémoration du Génocide contre les Tutsi

Mesdames, Messieurs les Elu.es

Je salue en ces lieux la présence de Monsieur le représentant de l’Ambassadeur du Rwanda en France, de Monsieur Marcel Kabanda, président d’Ibuka France & Europe, de Madame Hélène Mouchard-Zay,présidente du Cercil, de Madame Espérance Patureau, conseillère municipale déléguée de Chalette, Présidente de la Cellule Locale d’Ibuka et vice-présidente d’Ibuka France.

Il y a bientôt 5 ans, c’était avec beaucoup d’émotion que j’inaugurais, avec vous tous, la stèle érigée ici, dans le « Jardin des mémoires et de la paix », à la mémoire du million de victimes du génocide des Tutsis au Rwanda survenu il y a 25 ans.

Plus de 300 personnes, dont une grande partie de rescapés venus de France, de Suisse, d’Italie et du Rwanda, ainsi que de nombreux responsables d’associations s’y étaient associés afin d’honorer les victimes et les rescapés, en présence, entre autres, de Monsieur l’ambassadeur du Rwanda en France, de vous-même, Madame Hélène Mouchard-Zay et de vous-même, Monsieur Kabanda.

Ce fut le fruit d’une collaboration entre la Municipalité de Chalette et l’Association Ibuka-France qui datent de 2004. La cellule locale d’Ibuka du Montargois basée à Chalette a pris le relais à partir de 2007, date de sa création. Et j’en profiterai pour remercier à cette occasion ses principaux acteurs que sont Espérance et Bernard Patureau –Bernard dont je salue la mémoire- pour leur grande implication et leur dévouement sans failles.

L’action à Chalette a commencé au titre d’Ibuka France en 2004 par une journée de réflexion qui avait réuni un grand nombre de personnalités. 

Depuis, ce travail n’a cessé de se développer et a permis de mettre en place toute une série d’actions permettant :

  • de venir en aides aux rescapés,
  •  d’honorer la mémoire des victimes,
  • d’aider à la reconstruction des Hommes et des murs,
  • de faire connaitre au monde entier la réalité du génocide, ses origines, ses commanditaires, les exécutants, leur complices,

Travail difficile, particulièrement en France, tant les autorités nationales et leurs relais locaux étaient hostiles à toutes évocations du génocide des tutsis au Rwanda.

Mais ce travail acharné d’Ibuka, avec ses amis en France, a permis de faire cheminer ,jours après jours, la vérité.

Et puis ce fut l’ouverture des premiers procès en France contre les génocidaires et leurs complices.

La parole dans les médias « officiels » commença à se libérer.

Enfin, il y a quelques jours, la décision du Président Macron de recevoir, en personne, à l’Elysée, l’Association Ibuka France, représentée, entre autres, par vous Monsieur Kabanda, et par toi, chère Espérance.

Il a annoncé la mise en place d’une commission d’historiens et chercheurs afin de faire la lumière sur le rôle controversé de Paris dans cette tragédie et apaiser la relation avec Kigali. Cette commission aurait accès à “toutes les archives françaises concernant le Rwanda entre 1990 et 1994”.

En effet, les zones d’ombres sur le rôle de Paris avant, pendant et après ce génocide restent une source récurrente de polémiques.

Parmi les points les plus disputés figurent l’ampleur de l’assistance militaire apportée par la France au régime du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 et les circonstances de l’attentat qui lui coûta la vie le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide.

Par ailleurs, le Président Macron a annoncé un renforcement des moyens judiciaires et policiers pour poursuivre d’éventuels participants au génocide qui se trouveraient en France. Et le dimanche 6 avril dernier, il a annoncévouloir faire du 7 avril “une journée de commémoration du génocide des Tutsi” et a salué le travail de mémoire conduit par les rescapés.

« La France a ainsi rendez-vous avec l’Histoire ».

Ces mots, prononcés par le Président, doivent ouvrir la voie à l’ère d’une nouvelle relation entre la France et le Rwanda. C’est le meilleur moyen de permettre , à nos deux peuples, de façonner un avenir partagé et pacifique, tant pour la génération actuelle que pour les générations futures, et cela va aider sans nul doute à atténuer les souffrances des survivants.

Cette décision ouvre également la voie de la Vérité et de la Justice.

25 ans après, les récits des rescapés témoignent de cette douleur indescriptible.

Ces paroles nous pénètrent, nous obligent à entendre, à tenter de comprendre. Mais peut-on comprendre un génocide ? 

En ces instants, je ne pourrai que confirmer le témoignage de « notre solidarité avec les rescapés pour les aider à se reconstruire et à retrouver confiance en eux et en l’humanité après avoir vécu des actes inhumains et des souffrances indicibles, pour faire définitivement échouer le projet d’extermination qui aboutirait si on les oubliait ». 

Mesdames, Messieurs, cher.e.s Ami.e.s,

Je vous remercie de votre attention.

Franck DEMAUMONT, Maire de Chalette sur Loing

Allocution de Madame Hélène Mouchard-Zay, Présidente du Cercil, ICI

Enfin, retrouvez toutes les photos de la journée

Lancement de la campagne des commémorations par Ibuka France

Dans le cadre de la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda, Ibuka France a lancé une campagne de sensibilisation et de pédagogie autour de la connaissance et de la transmission du génocide contre les Tutsi par vidéos-témoignages des personnalités:

Marcel Kabanda, Président d’Ibuka France, ICI

Gaël Faye, Artiste, ICI

Sonia Rolland, Documentariste, ICI

Michel Cymès, Médecin, ICI

Ginette Kolinka, Rescapée de la Shoah, ICI

Aya Cissoko, Écrivain, ICI

Vidéos mises sur la chaîne YouTube d’Ibuka France.

Retour sur la journée de la 25ème commémoration à Paris

La  journée du 7 avril  2019, une journée de la 25ème  commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda, a été chargée en émotions et caractérisée par des moments :

  • une marche silencieuse en hommage aux victimes du génocide des Tutsi : du jardin de Luxembourg vers le Parc de Choisy en passant par le Boulevard de Port Royal, l’avenue des Gobelins, Place d’Italie et avenue de Choisy (Paris 13ème). 
  • une cérémonie de la 25ème commémoration par des discours des officiels, témoignage d’un rescapé du génocide des Tutsi, hommage aux victimes du génocide des Tutsi par les  élèves du collège Pierre-André Houël à Romainville (93), chanson interprétée par Madame Barbara Hendricks en hommage aux victimes et enfin un moment de dépôts de gerbes par les officiels et les associations partenaires. 

Veuillez retrouver les photos de la journée:
En première partie, ICI,et en deuxième partie, ICI

Ainsi que quelques vidéos :

Cérémonies de la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi: programmes en France

Dans le cadre de la 25ème commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi du Rwanda, l’Association Ibuka France, en partenariat avec la Mairie de Paris, organise une cérémonie du souvenir et d’hommage aux victimes, le 7 avril 2019 au Jardin de la Mémoire (Parc de Choisy, Paris 13ème, de 14 à 16h) . Vous trouverez l’invitation à cette cérémonie ici ; ainsi que le programme de la journée ici.

Ci-dessous également les programmes de commémoration en régions :